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Soudan, un mois de sit-in contre l’utilisation du cyanure
Luiza Toscane, 8 octobre 2019
Article mis en ligne le 28 octobre 2019

Les habitants de Talodi (État du Sud Kordofan) commencent leur deuxième mois de sit-in pour exiger la fermeture des entreprises aurifères utilisant du cyanure. Il ne s’agit pas de leur première action, mais de la reprise d’un long combat pour l’environnement (1), mené depuis des années par les populations soudanaises.

Dans la foulée, d’autres initiatives, sit-in, manifestations, ont vu le jour simultanément dans d’autres zones d’extraction aurifère. Dans le contexte ouvert par le processus révolutionnaire soudanais, ce combat a pris la forme d’un affrontement direct avec l’État central.

(...)

Une commission mixte mise en place par les autorités d’El Tadamoun, suite aux plaintes d’habitants, a révélé la présence de substances toxiques enterrées dans le sol de la zone d’El Jaghrour, et les autorités ont interpellé des responsables de l’International Mining Group et saisi du matériel pour mener une enquête.

Le combat des populations de Talodi, initialement mené contre l’utilisation du cyanure, s’est heurté à la répression : la société de télécommunications Zain a bloqué les services Internet sur les mobiles. Un processus de médiation est lancé mais les RSF (2) s’y opposent. Dès le 8 septembre, une délégation formée par le gouverneur du Sud Kordofan s’était rendue à Talodi pour une enquête, accompagnée par des jeunes de la localité. Elle a inspecté la compagnie Abarsi, mais avait été stoppée par les RSF à la compagnie Al Gunaid, qui avaient laisser entrer le gouverneur, mais pas les jeunes.

L’affrontement direct avec les services de sécurité

La réticence des autorités à exécuter l’ordre du gouverneur de mettre fin aux activités d’extraction de l’or dans l’État a été à l’origine des affrontements directs entre la population et les services de sécurité. Le 3 octobre, des centaines d’habitants de Talodi sont descendus dans la rue pour protester contre la poursuite des activités de plusieurs sociétés minières dans les mines de Meridein, El Tagola et El Laffa. Les manifestants ont marché du centre ville à la société Al Gunaid. Ils se sont ensuite rendus aux bureaux des sociétés El Ein El Zarga et El Sunut, où ils se sont affrontés aux forces de sécurité.

Les manifestants ont incendié les locaux de la compagnie Al Gunaid, dont le chef adjoint du Conseil souverain du Soudan, Mohamed Hamdan « Hemeti », commandant de RSF, détient des participations, ainsi que les bureaux de la société Abersi. Ils ont également incendié la société El Sunut appartenant à la Security Operations Corporation créée par des membres du NISS (3) pendant le régime du président Al Bashir, ainsi que l’usine El Ein El Zarga, également propriété d’anciens officiers du NISS. Ils ont attaqué une base des RSF. Un milicien aurait été tué et d’autres blessés, selon un bilan provisoire. Des manifestants ont également été blessés.

La répression

Une unité des RSF a attaqué le 7 octobre des personnes vivant à proximité de mines d’or dans la localité de Talodi. Des membres de la milice des RSF sont arrivés de Kadugli (4) dans 27 véhicules et ont attaqué les habitants vivant à proximité des mines d’El Tagola et d’El Laffa. Ils les auraient battus avec des fouets et ont arrêté six hommes, qu’ils ont emmenés au poste des RSF à El Tagola.

Marche de protestation

Les habitants de Talodi, dont le sit-in se poursuit, ont organisé le même jour une marche massive dénonçant les déclarations du responsable militaire au sujet des violences dans la localité la semaine dernière. La marche a été lancée depuis le sit-in dans la ville et s’est dirigée vers la garnison militaire de Talodi. La marche était paisible. Personne n’a porté d’armes, mais les manifestants ont été menacés par des coups de feu tirés par des membres de l’appareil de sécurité. Un certain nombre de personnes ont été blessées. (...)

La solidarité

L’Association des Professionnels Soudanais (APS) de Talodi a condamné « la répression, l’intimidation et la détention de citoyens à proximité des mines d’El Tagola et d’El Laffa menées par la milice des RSF ». L’APS tient les autorités « pleinement responsables » de la violence et a appelé l’armée soudanaise « à intervenir pour protéger la population et à libérer immédiatement les détenus ». De son côté, le Parti communiste soudanais a exprimé sa solidarité avec les habitants de Talodi par communiqué. (...)

Le mouvement s’étend aux autres États (...)

Ces mobilisations sont parvenues en un mois à politiser la question du cyanure et à la remettre au cœur des mobilisations en cours au Soudan. Le fait que des responsables de services de sécurité,- notamment un d’eux, « Hemedti », propulsé par le processus révolutionnaire à la tête de l’État soudanais après la destitution d’Omar El Béchir -, soient des propriétaires de sociétés d’extraction aurifère (5), fait de cette lutte pour l’environnement un enjeu politique central, et place les forces qui ont mené ce processus devant de nouvelles responsabilités.

Lire aussi : (2017)
Soudan, ruée contre l’or ! Mobilisations populaires contre les usines utilisant le mercure ou le cyanure