Des dizaines de personnalités, dont certaines s’étaient mobilisées en faveur du processus révolutionnaire au Nicaragua dans les années 1980, appellent le régime actuel à cesser sa répression. Elles mettent en garde les gauches mondiales contre l’aveuglement envers un gouvernement censément progressiste, dont elles espèrent la démission avant l’organisation d’élections libres.
Militant·e·s de la solidarité internationale ou citoyens attachés pour des raisons professionnelles ou familiales au Nicaragua, pour bon nombre d’entre nous engagés auprès de la Révolution sandiniste de 1979 et sa défense face à la contre-révolution armée par les États-Unis, nous affirmons notre solidarité avec le peuple du Nicaragua.
Depuis l’émergence du mouvement populaire il y a trois mois et le début de la répression du gouvernement Ortega-Murillo, plus de 300 personnes ont péri et le nombre de blessés est estimé à près de 2000. La répression s’abat sur les leaders et acteurs du mouvement populaire de la part d’un gouvernement utilisant des méthodes dont la brutalité rappelle les pires dictatures latino-américaines (groupes para-militaires lourdement armées agissant de concert avec la police, assassinats ciblés, enlèvements). Les divers rapports des organisations de défense des droits de l’homme, y compris le Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les Droits de l’Homme, confirment l’ampleur de cette répression.
Le peuple nicaraguayen, qui a affronté durant près de 40 ans la dictature somoziste et dans les années 1980 l’impérialisme nord-américain, mérite tout notre soutien. L’indignation, la douleur, le sentiment de frustration historique sont aggravés par le fait qu’une telle aberration politique provient de dirigeants et d’un gouvernement qui se revendiquent de gauche.
En réalité, le régime Ortega-Murillo, se drapant derrière une phraséologie anti-impérialiste, a surtout reposé sur une alliance avec l’oligarchie nicaraguayenne, le capital international (y compris des États-Unis) et les secteurs les plus réactionnaires des Églises. (...)
Les forces de gauche de par le monde ne doivent pas, pour des raisons géopolitiques mal comprises, rester aveugles ou se faire les complices d’une répression qu’elles dénoncent énergiquement et avec raison lorsqu’elle s’exerce notamment au Honduras voisin (depuis quelques jours, la grève générale contre la hausse des prix des transports dans ce pays et des manifestations étudiantes ont été violemment réprimées). (...)
Nous condamnons les massacres organisés par le régime d’Ortega-Murillo et ses sbires et soutenons les revendications du mouvement populaire : l’arrêt des violences, une enquête internationale sur la répression et les crimes commis et des sanctions contre leurs responsables, la démission du gouvernement actuel et de la direction de la police, la formation d’un gouvernement de transition avec une large participation des mouvements sociaux et l’organisation d’élections libres.
Nous appelons au développement de la nécessaire solidarité internationale avec le peuple nicaraguayen.