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SNCF : Le fret en friche
Article mis en ligne le 7 octobre 2019

Le transport ferroviaire de marchandises traverse une crise profonde, accentuée par l’ouverture à la concurrence, au point que la branche SNCF concernée est menacée de faillite. Un grand paradoxe à l’heure où l’écologie est dans tous les discours.

La gare de triage de Villeneuve-Saint-Georges, bouquet de voies ferrées de quatre kilomètres de long, à une quinzaine de kilomètres au sud de Paris, figurait autrefois parmi les plus grandes d’Europe. Elle a pris depuis 2006 des allures de cimetière ferroviaire à ciel ouvert. (...)

Villeneuve-Saint-Georges est le témoignage d’une crise en plusieurs actes qui secoue tout le secteur du transport ferroviaire de marchandises depuis vingt ans et plus encore depuis l’ouverture à la concurrence en janvier 2007. Au moment de ce basculement, Fret SNCF, l’ancien service public converti en entreprise privée, est contraint d’aligner ses prix à la baisse pour ne pas perdre les sillons les plus rentables, sur lesquels la concurrence est la plus féroce. C’est la fin d’une « péréquation » qui permettait de compenser les pertes des activités les moins rentables (les « wagons isolés », vendus à l’unité aux entreprises) par des prix élevés sur les segments plus profitables (notamment les « trains complets », qui rallient par exemple une usine à un port, avec une logistique plus légère).

En 2008, la crise mondiale frappe lourdement l’industrie française et accélère son recul historique. Fret SNCF la suit dans sa chute et essuie des pertes abyssales l’année suivante, lorsque le Grenelle de l’environnement fait éclore la promesse d’un doublement de la place du rail dans le transport de marchandises. Malchance, la principale mesure de la grand-messe, l’écotaxe, qui devait renchérir le transport par route afin de favoriser le rail, est finalement abandonnée face à la fronde des bonnets rouges et du lobby des poids lourds. (...)

Les camions cumulent tous les avantages sur le rail (...)

les « autoroutes ferroviaires » imaginées pour redynamiser le fret (les camions sont installés directement sur des trains) n’ont pas connu l’essor escompté, faute de soutien politique à la hauteur. (...)