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Amnesty International
SHELL ACCUSÉ DE COMPLICITÉ D’EXÉCUTIONS AU NIGERIA
Article mis en ligne le 7 juillet 2017

Une nouvelle affaire concernant les activités du géant pétrolier Shell dans la région du Delta du Niger pourrait mettre fin à des décennies d’impunité

Jeudi 29 juin 2017 aux Pays-Bas, Esther Kiobel, Victoria Bera, Blessing Eawo et Charity Levula, dont les maris ont tous été exécutés en 1995, intentent un procès à Shell.

Elles réclament des dommages et intérêts en réparation du préjudice causé par les actes illégaux de Shell ainsi que des excuses publiques.

En cause ? Le rôle joué par l’entreprise dans les événements ayant conduit à l’arrestation, la détention et l’exécution illégales de leurs maris, pendus par le régime militaire nigérian dans les années 1990.

1994 : 4 CHEFS OGONIS ASSASSINÉS

En mai 1994, quatre chefs ogonis connus pour être des opposants au Mouvement pour la survie du peuple ogoni (MOSOP) ont été tués. Sans produire aucun élément, les autorités imputent ces homicides au MOSOP. Des dizaines d’arrestations ont alors lieu, dont le dirigeant du mouvement, Ken Saro-Wiwa, et Barinem Kiobel.

Ce dernier n’était pas membre du MOSOP mais occupait un poste de haut fonctionnaire et critiquait les agissements de l’armée en pays ogoni. Il a affirmé avoir tenté d’empêcher les meurtres – une version des faits étayée par les éléments présentés au procès.

Après les arrestations, au moins deux témoins de l’accusation ont affirmé que l’État du Nigeria les avait soudoyés pour accabler les accusés, leur proposant notamment des emplois chez Shell, le tout en présence de l’avocat de l’entreprise. La compagnie pétrolière a toujours nié ces allégations. (...)

Nombre des hommes ogonis arrêtés en raison de leur implication présumée dans le meurtre des quatre chefs ont été régulièrement victimes d’actes de torture et d’autres mauvais traitements en détention. Même après le début du procès, l’officier responsable de l’incarcération n’a autorisé les accusés à consulter leurs avocats qu’avec son accord préalable et généralement en sa présence.

Les neuf ogonis ont été déclarés coupables et condamnés à mort en octobre 1995. À l’époque, nous avions, avec d’autres organisations, dénoncé la conduite de ce procès, que nous estimions inéquitable et sous-tendu par des considérations politiques.

Le 10 novembre , les condamnés ont été pendus et leurs corps, jetés dans une fosse commune. (...)

La préoccupation principale de Shell et de l’État nigérian, qui exploitaient les gisementsdu delta du Niger dans le cadre d’un partenariat, était de faire cesser les manifestations.

Au moment des exécutions, Shell était l’une des entreprises qui pesait le plus parmi celles implantées au Nigeria. Elle extrayait près d’un million de barils de pétrole brut par jour, soit environ la moitié de la production nationale. Les exportations d’hydrocarbures représentaient jusqu’à 96 % des recettes de source étrangère enregistrées par le pays.