Sur les plateaux des grandes radios et télévisions, des ministres ont été sévèrement secoués par les journalistes pour avoir menti sur la pension minimale de retraite à 1 200 euros. Sur les sujets économiques, on n’était plus habitués à pareille rébellion. Mais cela s’explique.
A trop se moquer du monde, le gouvernement a fini par se prendre les pieds dans le tapis. En guise de contrepartie au recul de l’âge de départ à la retraite à 64 ans, il avait en effet annoncé qu’il instaurerait une « retraite minimale à 1 200 euros pour tous » en cas de carrière complète, déclarant même que deux millions de personnes pourraient en bénéficier. Un argument marketing fort… mais dont il n’a jamais été question dans le projet de loi.
On sait désormais que le gouvernement n’envisage qu’une revalorisation jusque 100 euros brut maximum des pensions pour les carrières complètes, et que les petites retraites inférieures à 1 000 euros par mois – qui résultent de périodes de travail à temps partiel – seront bien loin des 1 200 euros annoncés. (...)
Des ministres chahutés
Hélas pour le gouvernement, l’entourloupe est finalement arrivée aux oreilles des présentateurs des émissions phares des médias à forte audience. Ce, en premier lieu, grâce à l’économiste Michaël Zemmour, l’un des rares spécialistes du sujet en France, qui a levé le lièvre lors d’un débat sur la matinale de France Inter du 7 février (...)
La séquence a créé le buzz. Les jours suivants, sur les plateaux des grandes chaînes et radios, les membres du gouvernement se sont fait plus que chahuter par les journalistes. (...)
Cette révolte quasi unanime, les journalistes des émissions de grande écoute ne nous y avaient pas habitués. Pourtant, ce n’est pas la première fois que l’exécutif développe des arguments flous, voire fallacieux, pour défendre ses réformes économiques. (...)
Un économiste qui a fait changer les choses
En fait, comme le dit l’économiste atterré Thomas Porcher, habitué des plateaux de télévision, « toutes les conditions étaient réunies pour que le gouvernement se prenne une claque sur les 1 200 euros ». Ils ont d’abord vu leur argumentaire réduit à néant par un expert compétent sur le fond, l’économiste Michaël Zemmour. (...)
« Il est très pédagogue, explique calmement les choses en donnant aux auditeurs une sorte de boîte à outils d’arguments critiques. C’est très efficace », juge Thomas Porcher. Après près d’une dizaine de passages dans les médias à alerter sur le mensonge du gouvernement sur les 1 200 euros, la sauce a fini par prendre lors de la matinale de France Inter du 7 février. (...)
« Les médias sont très cyniques : c’est l’audience qui fait foi, et s’il n’y avait eu que 300 000 personnes dans les rues, ils seraient passés à autre chose rapidement », explique une présentatrice.
Mais c’est tout l’inverse qui s’est produit. « La mobilisation a été massive, les syndicats sont restés unis, et les manifestations se sont bien passées », ajoute Thomas Porcher. (...)
Naufrage du gouvernement
En outre, il faut bien le dire : au sein des médias, on croit peu au bien-fondé de cette réforme. (...)
Enfin, impossible de ne pas mentionner l’énormité des mensonges du gouvernement, qu’aucun média sérieux ne peut éluder. « Au début, le gouvernement a affirmé que cette réforme était juste », se rappelle la présentatrice. Or, rapidement, en janvier, on s’est rendu compte qu’elle ne l’était pas, pour les femmes notamment. (...)
Clairement, avec cette réforme, le gouvernement a donné le bâton pour se faire battre. Plus inquiétant, en s’entêtant à répéter ses éléments de langage erronés, il a accentué la décrédibilisation de la parole politique vis-à-vis du grand public, déjà bien mal en point.