L’entreprise allemande RWE, financée à hauteur de centaines de millions d’euros par les banques françaises, s’apprête à raser le village de Lützerath pour étendre une mine de charbon géante. Selon une étude scientifique inédite, la pollution émise par les centrales à charbon de l’énergéticien est responsable de la mort prématurée de plus de 36 000 personnes en Europe.
(...) Comme une centaine d’autres personnes, la jeune femme de 27 ans s’est installée il y a deux ans à Lützerath, le village désaffecté qui surplombe cette mine située dans le Bassin rhénan, l’épicentre du charbon allemand. Objectif : empêcher la destruction du village et l’extension du site d’où sont extraits 25 millions de tonnes de charbon chaque année. « Depuis ma naissance, il y a eu une longue succession de COP mais rien n’a changé, témoigne Ronni. Ici, on se confronte directement à la destruction que génèrent nos modes de vie. » Outre-Rhin, le charbon représentait près du tiers de la production d’énergie au premier trimestre 2022. (...)
Depuis quelques jours, tous les regards sont tournés vers le petit village de Lützerath, où le démantèlement de la ZAD (zone à défendre) a débuté. En contrebas, d’énormes excavatrices lacèrent le sol à la recherche du précieux lignite. Inlassablement, de jour comme de nuit, ces machines déversent des milliers de m3 de charbon sur un tapis roulant relié à un terminal ferroviaire. De là, des wagons s’en vont alimenter les fours des quatre centrales à charbon des environs. Certaines unités de production de ces centrales ont été réactivées récemment afin de pallier la pénurie de gaz russe liée à la guerre en Ukraine et la baisse de la production nucléaire française. Ces installations, exploitées par le géant allemand de l’énergie RWE, sont les « tueuses du climat numéro 1 » dans le pays, dénonce l’organisation écologiste Bund. (...)
« Le charbon de Lützerath est indispensable pour faire fonctionner les [centrales] de lignite à haute intensité en période de crise énergétique », assure RWE, contactée par Disclose. (...)
RWE, un géant du charbon financé par des banques françaises
Fondée à la fin du 19ème siècle pour fournir en électricité la ville d’Essen, à quelques dizaines de kilomètres du camp, RWE est devenue le troisième fournisseur allemand d’énergie, et une multinationale présente dans plus de vingt pays. (...)
Ses émissions de gaz à effet de serre sont telles que certains partenaires ont décidé de ne plus la soutenir. C’est notamment le cas de l’assureur Axa. En revanche, l’énergéticien peut toujours compter sur l’appui de banques internationales pour financer ses activités climaticides. À commencer par de grandes banques françaises : le Crédit Agricole, le Crédit Mutuel, le groupe BPCE (Banque Populaire, Caisse d’Epargne et Natixis), ainsi que la Société Générale et la banque BNP Paribas.
800 millions d’euros de prêts (...)
Pourtant, ces banquiers ne cessent de communiquer sur leur sortie des énergies fossiles. (...)
Le charbon allemand a tué plus de 36 000 personnes en Europe
Les centrales à charbon de RWE ne nuisent pas seulement au climat. D’après des données exclusives transmises à Disclose par le NewClimate Institute, un think tank allemand, les particules fines rejetées par ses centrales à charbon ont causé la mort prématurée de 22 000 personnes en Allemagne. Selon la modélisation des chercheur•euses allemand•es, en élargissant le champ d’analyse à tous les pays affectés par la pollution des centrales à charbon de RWE, dont les particules peuvent voyager sur des milliers de kilomètres, les chiffres passent à 36 600 morts prématurées. Pour obtenir ces résultats, l’organisation basée à Cologne a développé un modèle scientifique permettant de convertir les émissions des centrales à charbon en nombre de morts prématurées, c’est-à-dire les morts dues à des maladies contractées à la suite de l’exposition aux polluants émis par les installations de RWE.
Interrogée sur les chiffres accablants du NewClimate Institute, RWE se contente de renvoyer à la réglementation en vigueur (...)
« Faire monter la pression d’en bas »
Sophie, une étudiante de 21 ans qui vit dans le village militant de Lützerath depuis bientôt deux mois, sait qu’elle s’attaque à un adversaire de taille. Après s’être engagée dans Fridays for Future, un mouvement initié par l’activiste Greta Thunberg, la jeune femme qui s’est « radicalisée », selon ses termes, se prépare, comme sa camarade Ronni Zepplin, à l’affrontement final. Si leur horizon est l’évacuation de la ZAD, les activistes savent que l’argent est le nerf de leur guerre contre le charbon et pour la protection du climat. (...)
À travers toute l’Allemagne, neuf villages sont actuellement menacés par RWE et l’industrie du charbon, d’après le décompte de l’alliance écologiste Alle Dörfer bleiben (Tous les villages restent). (...)
Pendant que le vieux Manheim se meurt dans l’indifférence, le nouveau se porte bien. Conçue sur plan et sortie de terre pour reloger les habitants du village condamné, la nouvelle commune proprette a au moins conservé sa maire, Loni Lamberts, membre du parti conservateur CDU. D’après l’édile, 80% des habitants de Manheim sont venus s’installer dans Manheim-Neu (Manheim-Nouveau). Infrastructures, crèche, caserne de pompiers, espaces verts : RWE a ouvert grand son chéquier pour financer le nouveau village. Interrogé, le géant du charbon jure qu’il n’a pas « comptabilisé les coûts de la relocalisation ». Pour RWE, le charbon n’a pas de prix.