
Dans le contexte actuel, les raisons de se réjouir sont trop rares pour n’être pas partagées. Depuis une quinzaine d’années, un conflit majeur oppose les malades des pays du Sud, frappés de plein fouet par l’épidémie de sida, qui réclament l’accès à des traitements vitaux, et l’industrie pharmaceutique, qui mobilise une armée d’avocats et de lobbyistes pour préserver ses brevets et ses profits. Un combat inégal, mais pas désespéré : le 1er avril dernier, l’entreprise Novartis a perdu la bataille judiciaire qui l’opposait à l’Inde. Dans le numéro 64 de Vacarme, deux activistes racontent comment le géant a mordu la poussière.
Quand les malades investissent les rues de Bâle récit d’une mobilisation réussie
Le 1er avril 2013, le géant pharmaceutique Novartis est défait dans sa bataille judiciaire contre l’Inde. Avec ce jugement, la production de médicaments génériques dans le pays est durablement préservée. La presse suisse parle d’une « grosse claque » pour le laboratoire. L’humiliation est d’autant plus grande que les activistes ont réussi à porter le combat pour l’accès aux traitements des malades du Sud dans les rues de la capitale mondiale de l’industrie pharmaceutique : Bâle. Ils nous racontent la mobilisation et ses aléas.
Septembre 2011, Corée du Sud. Conférence sur le sida dans la région Asie-Pacifique. Les activistes qui luttent pour l’accès aux médicaments savent qu’ils se préparent à une bataille capitale sur les brevets des produits pharmaceutiques. Cela se jouera en Inde, autour d’un procès majeur pour l’accès aux médicaments, entre le laboratoire Novartis et le gouvernement indien qui opposera des usages et des interprétations concurrentes de la « propriété intellectuelle ».
Quelles stratégies adopter pour faire prévaloir les droits des malades à travers ce procès ? La tâche s’annonce ardue : le discours alternatif sur les brevets et la « propriété intellectuelle » semble bien trop technique pour susciter la mobilisation collective. Dans ces conditions, comment mettre en échec la multinationale ? (...)
en 2006, l’Inde refuse d’accorder un brevet au Glivec, et Novartis annonce qu’il conteste cette décision devant les tribunaux. Ses objectifs : prouver que l’Inde enfreint la législation internationale en matière de propriété intellectuelle, obtenir une nouvelle durée d’exclusivité sur le médicament et affaiblir la section 3(d).Novartis revendique notamment ce monopole au nom de ses investissements en recherche et développement (R&D) pour mettre au point le Glivec. Or, selon le rapport financier de Novartis, 2010 est une « nouvelle année de croissance » pour la troisième firme au monde en termes de profits. (...)