Qu’appelle-t-on le « réchauffement climatique » ? Quelles sont ses causes et ses conséquences ? Quels sont les principaux gaz à effet de serre ? Qui émet le plus dans le monde ? Reporterre explique ce phénomène crucial pour l’avenir de l’humanité, en six points.
Parler de réchauffement climatique a le mérite de la simplicité. Néanmoins, les effets ne se limitent pas à une simple hausse des températures : ils concernent aussi la modification du régime des pluies ou encore la fréquence et l’intensité d’événements extrêmes (vagues de chaleur, inondations, feux de forêt, ouragans, etc.) avec leur cortège d’effets graves sur la nature et sur les humains. (...)
Qu’est-ce que le réchauffement climatique ?
Le réchauffement climatique est un phénomène causé par les gaz à effet de serre émis par les humains. Il se traduit par une augmentation très rapide de la température moyenne de l’atmosphère depuis les années 1850. Aujourd’hui on peut affirmer avec certitude que la décennie 2011-2020 est plus chaude de 1,1 °C que le demi-siècle 1850-1900 [1]. Si peu, pourrait-on dire ? Il ne faut pas se faire avoir par ce « peu » de 1,1 °C. Les spécialistes de l’histoire du climat savent que la Terre ne s’est jamais autant réchauffée en aussi peu de temps. Et il faut bien comprendre ce que représente cette moyenne mondiale : à l’échelle des temps géologiques, entre une période froide dite glaciaire et une période plus chaude interglaciaire, il n’y a que 4 °C de différence en moyenne. (...)
2. La cause du réchauffement : l’effet de serre additionnel
La Terre reçoit le rayonnement du Soleil à raison de 340 watts/m2 au sommet de la haute atmosphère (c’est une moyenne, car l’équateur est davantage ensoleillé que les pôles). Environ 30 % de cette énergie est réfléchie par les nuages et par la glace des calottes polaires ou des banquises et des glaciers. Si nous vivions sur un astre sans atmosphère, le reste serait absorbé par la surface terrestre et entièrement réémis sous forme de rayonnement infrarouge en direction de l’espace. Heureusement, la Terre possède une atmosphère, laquelle contient des gaz, comme la vapeur d’eau ou le dioxyde de carbone (CO₂), qui sont à l’origine d’un « effet de serre » naturel. Ce phénomène est une analogie avec ce qui se passe dans une serre de jardinier (... et aussi dans la voiture d’un automobiliste imprudent) : à travers ses vitres, elle laisse passer la lumière solaire dans un sens, mais retient l’air chauffé dans le sens inverse. (...)
Depuis la révolution industrielle, l’humanité ajoute ses propres émissions de gaz à effet de serre à celles de la nature. Ce « bonus » a tout changé (...)
3. Pourquoi est-ce grave ?
Le réchauffement climatique menace les équilibres de la planète. (...)
L’augmentation de la température des océans entraîne une dilatation de leurs eaux, qui se combine à la fonte accélérée des glaciers et calottes glaciaires pour causer une montée des eaux particulièrement inquiétante pour les îles et les deltas très peuplés comme le Bangladesh, déjà sensible aux inondations causées par les pluies torrentielles. Même sur les littoraux davantage protégés, des épisodes de submersion marine par les vagues sont inévitables. La destruction des récifs nous affecte d’ailleurs au premier chef puisque les coraux offrent à la fois une ressource en poissons et une protection contre l’érosion du littoral par les vagues. (...)
Ailleurs, la hausse des températures et l’augmentation du taux d’humidité vont rendre certaines régions inhabitables, avec les risques inhérents de migrations, voire de guerres, même si ces dernières sont rarement causées par le climat seul. (...)
Les rendements agricoles vont chuter, car une chaleur excessive perturbe le métabolisme des plantes cultivées et favorise le développement de leurs parasites. Les forêts, elles aussi, sont fragilisées par les sécheresses et les stress hydriques qui profitent aux pathogènes comme les scolytes ; c’est d’autant plus grave qu’elles sont un puits de carbone qui prélève une partie du CO₂ de l’atmosphère (un mécanisme qui, hélas, tend à s’inverser en Amazonie). (...)
Les effets sur la santé humaine sont déjà visibles : les canicules accroissent la mortalité directe parmi les catégories les plus fragiles, comme les personnes âgées, mais leurs effets peuvent aussi être insidieux, par exemple en diminuant la qualité du sommeil. Le changement climatique favorise aussi l’extension des zones favorables aux espèces de moustiques vectrices de maladies (paludisme, dengue, Zika, chikungunya).
4. Quels sont les principaux gaz à effet de serre (GES) d’origine humaine ?
Ils sont au nombre de trois : le dioxyde de carbone (CO₂) (ou gaz carbonique), le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N₂O), auxquels il faut ajouter la famille des gaz fluorés. (...)
Dioxyde de carbone (CO₂) : c’est le GES le plus émis par les activités humaines (on parle d’émission anthropique). Toute combustion libère du CO₂. Or l’humanité brûle tous azimuts : du bois pour se chauffer et cuisiner, du pétrole dans ses moteurs, du charbon et du gaz dans ses centrales thermiques, des minéraux dans ses fours à ciment, etc. (...)
Méthane (CH4) : le méthane est le principal constituant du gaz naturel. Ses émissions anthropiques sont plus modestes que celles du CO₂ : 358 millions de tonnes (ou Mt pour mégatonnes) par an entre 2008 et 2017. Elles sont aussi plus délicates à distinguer des émissions naturelles (comme celles des marais ou du pergélisol [10] qui dégèle). Néanmoins, le rapport du Giec publié en août 2021 réévalue sa dangerosité à la hausse. (...)
Protoxyde d’azote (N₂O) : on le connaît aussi sous le nom d’oxyde nitreux et de... gaz hilarant. Pas de quoi rire, pourtant (...)
Gaz industriels fluorés : ces purs produits de la chimie industrielle n’existent pas à l’état naturel. (...)
5. Qui sont les grands émetteurs de CO₂ ?
‣ Par pays :
Si on considère les émissions de CO₂ à l’échelle des pays entiers [12], cela ne fait aucun doute : la Chine est, depuis le début des années 2000, le premier émetteur mondial avec 30,3 % des émissions de CO₂ en 2019. Suivent les États-Unis (13,4 %), l’Union européenne (7,7 %) et l’Inde (6,8 %) [13]. Avec 322 Mt de CO₂, la France compte pour 0,8 %. (...)
Néanmoins, si on regarde le cumul des émissions dans l’histoire depuis 1850, on constate que les États-Unis et l’Europe portent la plus lourde responsabilité dans le réchauffement mondial avec respectivement 25 % et 22 %. Le poids historique de la Chine n’est que de 11 %, acquis de façon spectaculaire en seulement deux décennies. (...)
6. Comment la science a-t-elle établi la connaissance du réchauffement climatique ? (...)