Arles étouffe sous les gaz d’échappement. La solution serait un contournement autoroutier. Mais il balafrerait la Camargue et la plaine de Crau, encourageant la construction de hangars logistiques gigantesques.
Si l’on a bien en tête l’image d’Arles comme cité antique classée au patrimoine mondial de l’Unesco, on sait moins qu’elle étouffe sous les gaz des véhicules qui la traversent chaque jour via la nationale 113. La 2x2 voies qui relie Saint-Martin-de-Crau à Arles, dans les Bouches-du-Rhône, est l’unique tronçon non autoroutier le long de la Méditerranée française. Et donc s’ajoute à la circulation locale un trafic international de camions reliant l’Italie, l’Espagne et le premier port français de marchandises, celui de Marseille-Fos. En 2010, le trafic avait été évalué par les services de l’État à près de 63.000 véhicules par jour. On serait désormais aux alentours des 80.000 véhicules par jour alors qu’Arles compte un peu plus de 50.000 habitants. (...)
Depuis 25 ans, la solution promise par l’État est –- excusez du jeu de mots –- une arlésienne : un contournement autoroutier annoncé en 1995, 2004, 2010… À chaque fois, le projet a été lancé puis oublié dans les tiroirs de l’administration. Mais il vient de franchir un nouveau pas décisif. La député LREM de la circonscription, Monica Michel, a obtenu son inscription dans le projet de loi d’orientation des mobilités, qui sera discuté par les sénateurs à partir du 19 mars. Une enquête publique aurait lieu en 2021, les travaux commenceraient en 2023. Les associations de riverains poussent un ouf de soulagement. Mais les écologistes, eux, s’alarment. (...)
« La steppe de Crau est la dernière d’Europe. Elle faisait plus de 100.000 hectares avant que l’on commence à la défricher. Maintenant il n’en reste que 25.000 » (...)
« Cette autoroute massacrerait une partie de la Camargue et de la Crau », dénonce également Marie-Hélène Bousquet, vice-présidente d’une association mobilisée depuis le début contre le projet de contournement, l’ACEN (Arles Camargue Nature Environnement). Sans nier le problème de pollution de l’air arlésien, l’association propose des solutions alternatives au contournement. « Nous militons pour que le trafic international des camions soit interdit sur la N113 et qu’il fasse le détour par les autoroutes plus au nord, l’A7 et l’A9. Nous sommes aussi pour la mise en place de limitations de vitesse, de murs anti-bruits et de revêtements silencieux. Ce sont des mesures immédiates. » À plus long terme, l’association propose aussi de réactualiser un projet autrefois écarté par l’État pour cause de coût trop élevé : la construction d’un pont sur le Rhône pour la traversée d’Arles, plutôt que le contournement. Autant de propositions qu’ils ont défendues auprès du directeur de cabinet de la ministre des Transports, Élisabeth Borne, le 21 janvier dernier.
Vendredi 1er mars dernier, les associations écologistes locales ont même obtenu le soutien des députés européens EELV Michèle Rivasi et José Bové, venus pour une conférence de presse dans le centre-ville d’Arles. (...)
Sébastien et Déborah, deux Gilets jaunes venus soutenir les opposants au contournement, secouent la tête. « Il y a quinze ans, Saint-Martin, c’était la Crau. Maintenant, cela fait mal au cœur. On nous parle de taxe carbone alors qu’on est prêt à détruire la faune et la flore pour une autoroute. »