
A partir de la fin des années 1970, le néolibéralisme a été imposé au détriment du libéralisme régulé qui fonctionnait sur la base redistributive du compromis fordiste au Nord et du nationalisme – clientéliste au Sud. Pour les capitalistes, il s’agissait de lutter contre la crise du profit, qu’ils considéraient principalement engendrée par l’inflation des demandes de redistribution de revenus adressées aux États. Pour eux, en obérant les profits, les revendications sociales et politiques rendaient les démocraties progressivement « ingouvernables ». En effet, le jeu de la démocratie faisait que les règles de partage de la valeur ajoutée, à l’époque plus favorables aux salariés, étaient progressivement inscrites dans la loi, à travers ce qu’on pourrait qualifier de « constitutionnalisme social ».
Pour sortir de la crise, il fallait refermer la parenthèse des Trente glorieuses des salariés pour ouvrir celle des Trente glorieuses des financiers. (...)
A partir de la fin des années 1970, le néolibéralisme a été imposé au détriment du libéralisme régulé qui fonctionnait sur la base redistributive du compromis fordiste au Nord et du nationalisme – clientéliste au Sud. Pour les capitalistes, il s’agissait de lutter contre la crise du profit, qu’ils considéraient principalement engendrée par l’inflation des demandes de redistribution de revenus adressées aux États. Pour eux, en obérant les profits, les revendications sociales et politiques rendaient les démocraties progressivement « ingouvernables ». En effet, le jeu de la démocratie faisait que les règles de partage de la valeur ajoutée, à l’époque plus favorables aux salariés, étaient progressivement inscrites dans la loi, à travers ce qu’on pourrait qualifier de « constitutionnalisme social ».
Pour sortir de la crise, il fallait refermer la parenthèse des Trente glorieuses des salariés pour ouvrir celle des Trente glorieuses des financiers. (...)
La crise des années 1970, qui frappe le Nord avant de se propager aux pays du Sud, va donner l’occasion de revenir sur les concessions accordées aux salariés en déconstruisant le développement autocentré (principalement centré sur le développement du marché intérieur) que ce soit le fordisme au Nord ou le nationalisme-clientéliste au Sud.
Cette déconstruction passe par l’imposition des politiques monétaristes du consensus de Washington 7), qui visent à réduire drastiquement la consommation « improductive » de surplus (en termes de profits privés) par l’État-providence au Nord et par l’État nationaliste au Sud.
Pour les capitalistes, à travers la dérégulation, la privatisation, la libéralisation commerciale et financière, la « défaisance » de la protection sociale, la destruction des systèmes clientélistes…, il s’agissait de revenir sur les concessions accordées précédemment aux salariés.
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La faisabilité politique du traitement de choc néolibéral du consensus de Washington s’est avérée plus difficile que prévu. Les conséquences sociales négatives de l’ajustement monétariste, beaucoup plus flagrantes dans les pays du Sud, ont engendré des critiques, des résistances et des oppositions, parfois violentes 8) . (...)
La stratégie des élites politiques pour imposer l’ajustement, consistant à diviser et à opposer, a montré ses limites. Malgré les tentatives permanentes de manipulation de l’opinion publique par des actions de communication efficaces, il subsistait, en raison du jeu de la démocratie, des possibilités d’arrivée au pouvoir d’éléments moins favorables à la mondialisation néolibérale, voire opposés. Par exemple, des personnalités politiques opposées à la mondialisation néolibérale, au moins dans leur discours, ont été élues au sommet des États notamment en Amérique Latine, pré carré des États-Unis. Devant la menace, il fallait réagir.
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A la fin des années 1990, pour calmer les critiques et éviter tout « dérapage » démocratique nocif pour les affaires, le capitalisme financiarisé a adopté, à travers ses représentants officiels ou officieux, un discours plus politiquement et socialement porteur de consensus, entérinant le passage du monétarisme à l’ordolibéralisme 9) .
La nouvelle rhétorique intègre un vocabulaire à connotation faussement sociale- démocratique-interventionniste, pseudo keynésienne… qui prépare les esprits à « l’économie sociale de marché » purifiée mise en œuvre par le post-consensus de Washington. (...)
Sous couvert d’une novlangue, il s’agit simplement de poursuivre les processus engagés lors de la phase monétariste et de pérenniser les politiques néolibérales en les rendant incontestables.
Pour ce faire, il convient de les inscrire dans la loi, et plus précisément dans la loi fondamentale qu’est la Constitution, pour réduire au maximum la possibilité de mise en œuvre de projets politiques alternatifs. (...)
Le dispositif de réduction des degrés de liberté du politique est complété par la mise en avant d’un système de « soft law » comprenant notamment les agences de notation, les institutions financières internationales…
Au total, il s’agit d’enfermer le politique dans le carcan néolibéral, afin de rendre la démocratie inopérante tout en essayant de préserver l’illusion populaire de son fonctionnement effectif. (...)
La démocratie virtuelle a une base formelle dans le vote des citoyens, mais le processus de décision politique, au moins concernant les domaines importants, est isolé de la participation et du contrôle populaires. Il s’agit de maintenir une démocratie de façade, et de déplacer la réalité du pouvoir vers de nouveaux centres isolés de toute influence populaire.
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Les élites politiques peuvent, sans risque, œuvrer en faveur du capitalisme financiarisé en imposant le néolibéralisme. Il s’agit d’encadrer strictement l’intervention de l’État quand elle est au service des populations. A tous les niveaux (local, régional, national, communautaire, international), l’intervention publique ne doit pas entraver, ni même contrôler les activités du capitalisme financiarisé. (...)
Par contre, lorsque le système entre en crise, l’intervention publique, salvatrice pour le capitalisme financiarisé, se fait massivement et durablement. Les populations sont sommées d’accepter d’endosser la socialisation de la gabegie des institutions bancaires et financières. Pour le justifier, les élites politiques usent d’un double langage.
La crise cesse alors d’être simplement financière ou économique, elle devient inévitablement politique. C’est une crise globale de légitimité des élites politiques. (...)
Les premiers, les pays du Tiers-monde ont connu une telle situation, lorsqu’au début des années 1980, ils se sont trouvés écrasés par une dette extérieure insoutenable. Malgré le caractère « odieux 12) » de la majeure part de cette dette, les dits pays ont été placés sous la tutelle des institutions néolibérales (FMI, Banque Mondiale, OMC…) pour faire payer la note aux populations. Dans ce contexte, les élites politiques nationales « complices » ont eu beau jeu d’incriminer, dans le discours officiel, les institutions financières internationales pour mettre en œuvre les politiques de prédation et de paupérisation dont elles espèrent recueillir quelques miettes.
Aujourd’hui, la crise grecque révèle l’extension de ce schéma aux pays du Nord. La Grèce préfigure la Tiers-Mondialisation de l’Europe 13) . (...)