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Marie-Claude Saliceti
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Occupy Wall Street : une question de « pouvoir-faire », entretien avec Isham Christie
Article mis en ligne le 7 novembre 2011

L’occupation de Wall Street a début le 17 septembre 2011. Inspiré par les expériences égyptiennes et espagnoles, le camp a depuis essaimé un peu partout aux États-Unis, et irrigue à son tour les imaginaires des militants en lutte contre les plans d’austérités en Europe.

(...) nous avons appris beaucoup de techniques et de savoir-faire que nous utilisons maintenant à Occupy Wall Street : l’animation des assemblées générales, l’organisation du campement, etc. Ça a donc été très utilse pour nous aider à préparer Occupy Wall Street. Bien sûr, OWS est bien plus vaste, il y a des gens qui viennent de tout l’état, alors que Bloombergville se centrait vraiment sur le budget de la ville. (...)

Les campeurs de Bloombergville étaient de nouveaux militants, ou bien des militants très expérimentés ?

La plupart des campeurs étaient des militants de gauche très conscientisés, des syndicalistes, des étudiants, des groupes politiques, etc. En ce sens c’est très différent d’Occupy Wall Street. A OWS beaucoup de campeurs sont de nouveaux militants, parfois très jeunes, qui n’ont pas vraiment d’expérience militante préalable. Pour un tas de raisons, Occupy Wall Street parle à des gens qui ne sont pas les convaincus habituels, qui participent à toutes les manifestations quel que soit la cause. (...)

L’une des raisons pour lesquelles ce slogan des 99% marche si bien, c’est qu’il exprime clairement le conflit de classe en cours aux Etats-Unis, le fait qu’il y a ces 1% qui contrôlent et dominent le reste de la population. Camper à Wall Street, c’est une critique très substantielle en soi.
Quand nous avons préparé l’occupation, nous n’avions vraiment aucune idée de la manière dont ça allait se passer. Le Sud de Manhattan est militarisé depuis le 11 septembre. Nous savions que les Anonymous allaient nous soutenir. Le département de la Sécurité Intérieur était donc mobilisé… nous ne pouvions pas savoir comment ça allait se passer. Ça explique pourquoi beaucoup étaient assez réticent à pleinement soutenir le projet, parce que personne ne savait ce que ça allait donner. Mais ça a marché. (...)

OWS est parvenu à surmonter le silence habituel des médias américains sur les mouvements sociaux. Généralement, quand ils couvrent un mouvement social, c’est pour le minorer, le ridiculiser. Mais nous avons réussi à briser cette barrière et à intéresser les médias dominants. Ce que nous faisons donc depuis, c’est d’essayer d’amplifier les luttes existantes. Quand nous parlons des questions de droit au logement, nous nous appuyons sur les groupes qui travaillent sur ces questions, et permettons de mettre en avant leurs luttes et leurs revendications. (...)

Il y a vraiment un équilibre à trouver, entre l’organisation du campement dans la durée, créer un espace ouvert, et sûr, pour échanger, se former, et vivre la révolution dès maintenant… on ne peut pas le négliger. Mais il faut qu’on parvienne à se connecter avec des éléments de transformation plus globale. Je crois qu’on a trouvé un bon équilibre entre l’animation de notre espace et l’organisation d’actions politiques.
Pour moi, c’est une question de pouvoir-faire. Construire des alternatives, des occupations, des communautés, que l’on voudrait voir exister et les utiliser comme espace pour expérimenter des transformations plus vastes… et finir par gagner !!

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