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Nantes, Lille, Montpellier… La folie des grandeurs des aéroports français
Article mis en ligne le 4 décembre 2021

Les extensions d’aéroports se multiplient partout en France. Affaibli par la crise sanitaire, le secteur tente d’attirer le public, y compris à coup de jeu-concours.

(...) La scène se déroule devant l’entrée du centre commercial Odysseum, à Montpellier. Quelques passants se sont arrêtés devant une camionnette bleu ciel décorée de nuages. L’auteur de la devinette est un employé de l’aéroport. En cette fin novembre, il lançait un « grand jeu-concours » avec à la clé « pas moins de 400 billets Montpellier/Paris-Orly » à gagner. Derrière l’orateur, une affiche enfonce le clou : des tickets à partir de 30 euros pour voler jusqu’à la capitale. Car sous ses atours de tombola, l’opération commerciale vise surtout à relancer le trafic aérien, plombé par la crise sanitaire. Et particulièrement la ligne Montpellier-Paris, « poumon économique » de la plateforme aéroportuaire, qui concerne plus de 45 % des passagers.

Après une demi-heure de questions/réponses, une des participantes repart, ravie, un billet en main. Les autres s’en vont les poches remplies d’étiquettes à bagages et de porte-clés à l’image de la Tour Eiffel. Quelques mètres plus loin, le petit groupe est alpagué par deux militants d’Alternatiba, tracts en main : « On peut se rendre à Paris en train, en 3 h 20, et ce trajet émet quarante-cinq fois moins de C02 qu’un vol », explique Stuart. « C’est sûr qu’il ne faut pas prendre l’avion pour le moindre déplacement, mais c’est parfois nécessaire, pour voyager », répond une jeune femme, employée dans un commerce de la zone, avant de s’éloigner.

« On n’est pas contre l’avion, commente Cathy, gilet vert sur le dos. Mais quand il existe des alternatives plus écolos, il faut absolument les privilégier. Surtout, il faut arrêter de parier sur la croissance du trafic aérien. » Le collectif montpelliérain se bat contre le projet d’extension de l’aéroport, déjà bien entamé. La construction d’une nouvelle aérogare doit permettre de passer de 1,9 million de passagers annuels à 3,5 millions, à terme. (...)

À Paris, Nantes, Mulhouse, Lille...

À Montpellier comme ailleurs, les agrandissements aéroportuaires ont la vie dure, malgré la crise climatique. En février dernier, le Réseau Action Climat recensait ​une dizaine de projets d’extension d’aéroports, déjà débutés ou à l’étude. (...)

De son côté, Greenpeace avait sorti la calculette. Si l’on cumule le nombre de passagers supplémentaires par an qu’ils devraient permettre d’accueillir, tous ces projets représenteraient « l’équivalent d’au moins deux, voire de cinq aéroports Notre-Dame-des-Landes » (...)

Ces opérations se font bien souvent avec le soutien, sinon l’aval, des autorités locales, qui financent et participent à l’administration de ces équipements. (...)

Pourtant, les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat avaient proposé de revoir radicalement nos politiques en faveur de l’aviation. Les citoyennes et citoyens proposaient d’interdire les extensions d’aéroports en cours et prévues ainsi que de fermer les liaisons aériennes quand le trajet était faisable en 4 heures de train. Las, « la loi Climat a revu ces ambitions largement à la baisse », constate Pierre Leflaive du Réseau Action Climat. Seuls les vols faisables en moins de 2 h 30 par le rail ont été finalement bannis — soit 5 lignes en France sur les 108 qui existent. En octobre, les aéroports ont d’ailleurs lancé un recours à Bruxelles pour faire annuler cette disposition. (...)

dans la très grande majorité des cas, les aéroports disposent de réserves foncières, donc de suffisamment de place pour s’étendre sur son propre terrain, sans avoir besoin d’expropriation, et donc de déclaration d’utilité publique pour procéder aux travaux. » Ainsi, aucun des principaux projets d’extension en cours ne tombe sous le coup de la loi. (...)