Avec la crise, on assiste à un surgissement des discours protectionnistes de droite et de gauche. On ne peut nier le désarroi face aux délocalisations qui renforce l’écoute dont bénéficie Marine Le Pen et qui a fait en partie le succès d’Arnaud Montebourg. Mais, toute position progressiste sur les échanges internationaux suppose de tenir compte d’une double réalité : les travailleurs, au Nord et au Sud, ont des intérêts différents de ceux de leur bourgeoisie ; les pays du Nord, qui dominent encore largement l’économie mondiale, n’ont aucun droit de dicter aux pays du Sud les conditions de leur développement. D’ailleurs, l’industrialisation du Sud (malgré des formes souvent barbares) est un fait très positif.
(...) L’altermondialiste Thomas Coutrot résume ainsi le dilemme actuel auquel sont confrontés les internationalistes3 : « Le libre-échange n’est pas soutenable socialement […]. Il n’est pas soutenable écologiquement – parce qu’il favorise l’explosion du volume de marchandises transportées, et donc de gaz à effet de serre. Il n’est pas soutenable démocratiquement, car – couplé à la libre circulation des capitaux – il prive les élus du peuple de presque tout pouvoir de décision en matière économique.
En même temps, le protectionnisme est par définition unilatéral et conflictuel : il « protège » d’un ennemi extérieur. Il encourage le nationalisme, les guerres commerciales […]. Pour le mouvement social international, s’engager dans des revendications protectionnistes, Nord contre Sud, serait un suicide programmé. » (...)
L’accent mis sur les échanges de marchandises reflète les préoccupations immédiates des salariés de l’industrie soumis au chantage patronal sur la concurrence des pays à bas salaires. Mais elle correspond aussi, soit à une analyse erronée, soit à une volonté de dissimuler un obstacle fondamental à toute politique de transformation sociale : la liberté de circulation des capitaux. C’est bien là pourtant l’essentiel. (...)
Sans nostalgie des petites régions vivant quasiment en vase clos ou d’États nationaux environnés de barrières, l’échange international est une nécessité qui sous le capitalisme est porteur de dommages sociaux et écologiques. De nombreuses marchandises font des kilomètres inutiles et néfastes pour l’environnement, entre les États mais aussi à l’intérieur des États. Il y a là matière à réflexion mais les mesures préconisées ne doivent pas avoir pour visée de brimer l’industrialisation du Sud, même sous des prétextes nobles (droits sociaux, écologie). Elles doivent donc être symétriques (...)
À plus long terme, un « gouvernement des travailleurs » (au niveau français ou de préférence européen) protègerait les nouvelles conquêtes sociales et chercherait à jeter les bases d’une autre organisation du monde. Ainsi, pourraient être prises des mesures d’encadrement du commerce extérieur reposant sur des accords bilatéraux avec les pays tiers. La planification de l’économie n’implique pas l’autarcie pour la zone économique où elle commencerait. Bien au contraire, elle chercherait à développer des rapports d’échanges, premier pas pour organiser la coopération des peuples.