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Chroniques du Yeti
Mort au travail : le dépit de l’amoureux éconduit
Article mis en ligne le 7 mars 2014
dernière modification le 3 mars 2014

Non, non, il n’y a pas que chez les salariés pressurés par leurs supérieurs de France Telecom ou de la Poste, chez les cadres en plein “burn-out’ de la régie Renault, que l’on se suicide allègrement au travail. Les banquiers, les patrons de PME n’y coupent pas non plus, apparemment.

Depuis le début de cette année 2014, trois membres éminents de la célébrissime banque JP Morgan se sont faits passer de vie à trépas.

Gabriel Magee, 39 ans, “vice président”, tombé du toit du quartier général de sa banque à Londres, 27 janvier ;

Ryan Henry Crane, 37 ans, “executive director”, “suicide apparent”, 3 février ;

Li Junjie, 33 ans, “junior trader”, sauté du toit du quartier général de sa banque à Hong Kong, 17 février.

Bonus et malus comme s’il en mourrait

Comme quoi, les bonus ne font peut-être pas toujours forcément le bonheur de ceux qui en bénéficient.

Les malus non plus, notez bien. Les PME, qui dégustent sérieusement en matière de défaillances record malgré la “reprise” [rires], feraient le malheur fatal de certains de leurs patrons.

Un à deux à se suicider par jour selon l’“Observatoire de la santé des dirigeants de PME” (tiens, je ne savais pas que ça existait, ce truc). Et pire encore, chez les agriculteurs où le suicide serait le troisième cause de mortalité après le cancer et les maladies cardio-vasculaires (la vieillesse, non, jamais ?) (...)

En même temps, quelle est cette “précarité” à la source de tant d’émotion exacerbée ? Meurt-on encore de faim de nos jours, malgré la crise, dans nos “contrées favorisées” ? Comment se fait-il que certains trouvent leur épanouissement avec des revenus de misère, quand d’autres ne supportent plus, à s’en tuer, de voir écorner leurs “avantages acquis” ?

La vérité tient peut-être au fait, comme le disait jadis le professeur Laborit, que l’individu s’inscrit dans une échelle hiérarchique pré-établie, socialement et collectivement admise. Et que le petit être humain se trouve vertigineusement déstabilisé, à en mourir, quand ce cadre collectif de convenances s’effondre et le rejette. (...)

Dans un récent billet de blog intitulé “Le ridicule tue”, l’historien et ethnologue grec, Panagiotis Grigoriou. déplorait le suicide de certains de ses proches dans son pays étrillé par la Troïka. Mais je laisse à chacun d’entre vous le soin de méditer sur ce que lui répliqua le père d’une des malheureuses victimes :

« En 1944, je combattais les Allemands et leurs sbires bien de chez nous, l’arme à la main. Certaines familles dans notre village ont été décimées. Pourtant, parmi les survivants, personne n’avait pensé se suicider. »