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MARXISME ET THEORIES DU COMPLOT
Article mis en ligne le 2 octobre 2014
dernière modification le 23 septembre 2014

Quand les gens commencent à penser à l’existence d’un ordre social, les théories du complot leur offrent une explication simple. Comme l’explique Frank Spotnitz, l’un des scénaristes des X-Files, « les théories du complot donnent une clef magique pour réunir toutes les pièces du puzzle ». Or, la plupart des gens considèrent – non sans raison ! – que la société ne fonctionne pas correctement. Dès lors, il n’est pas difficile de les attirer vers de fausses explications, selon lesquelles il a des forces malicieuses qui, en coulisse, nuisent au bon ordre des choses.

C’est une logique assez simple, en apparence. Elle est pourtant complètement fausse. Le marxisme offre une explication systémique et scientifique des problèmes de la société. L’exploitation d’une majorité de travailleurs par une minorité de propriétaires ne dépend pas des intentions diaboliques de tel ou tel individu, mais des lois du système capitaliste.

Les théories du complot reposent, elles aussi, sur l’idée qu’une minorité exploite la majorité. Mais elles ne voient pas que ce rapport d’exploitation repose sur le système lui-même, qu’il est le résultat des rapports de production capitalistes et de la division de la société en classes.

En outre, le marxisme ne présente pas l’oppression de classe comme la conséquence d’agissements obscurs et cachés, mais au contraire comme une réalité bien visible, se déroulant sous nos yeux, à travers le processus de production des marchandises. Aucun complot n’est requis pour expliquer la structure de classe du système capitaliste. Les travailleurs ne possèdent pas de moyen de production, mais seulement leur force de travail – leur faculté à travailler – qu’ils vendent aux capitalistes, lesquels en extraient de la plus-value (le profit). Rien de mystérieux là-dedans !

La personnalité et les intentions individuelles du capitaliste n’entrent pas en ligne de compte. Tel capitaliste peut être un individu bien intentionné ou détestable – en dernière analyse, le système le déterminera à jouer un rôle défini : celui d’exploiter des travailleurs. Les capitalistes qui réalisent moins de profits que les autres finissent par être évincés.

Au-delà des mécanismes du système économique, la classe capitaliste est liée à deux autres forces pour maintenir sa domination. D’une part, il y a l’appareil d’Etat, qui inclut les hommes en arme (l’armée, la police, etc.), les tribunaux et les prisons.

En plus de cette force matérielle très importante, il y a ce que le marxisme appelle l’« idéologie ». Cela va au-delà de la simple « manipulation » médiatique (...)


Par « idéologie », les marxistes se réfèrent donc à l’ensemble du dispositif d’idées qui reflète et justifie une société
. Cela inclut les idées religieuses, la croyance dans le « rêve américain », etc. L’idéologie fait parfois l’objet d’une instrumentalisation cynique de la part de la classe dominante, mais il faut comprendre qu’elle-même croit en sa propre idéologie. Les idées de notre époque sont, par défaut, ses idées. Et sauf exception, les idées de la classe capitaliste sont acceptées comme la « norme ».

Cela ne signifie pas que les capitalistes ne « conspirent » jamais en vue de tromper les travailleurs. Au contraire ! La propagande pro-capitaliste est un vaste marché. Mais ce n’est pas la cause de l’exploitation. Dans la mesure où il y a « conspiration », elle vise à maintenir un système d’exploitation ; elle n’en est pas la base. Les « conspirationnistes » confondent la cause et l’effet. (...)

Ceci étant dit, la plupart des théories du complot ciblent une section donnée de la classe capitaliste – et non la classe capitaliste dans son ensemble. C’est ce qui les rend particulièrement réactionnaires. (...)

Les Juifs étaient la cible privilégiée les théoriciens du complot tout au long du XIXe et au début du XXe. Au moyen d’une distinction entre le soi-disant « capitalisme productif » et le « capitalisme improductif » (financier), ils désignaient le « banquier juif » comme la source de tous les problèmes. Des gens comme Henry Ford, aux Etats-Unis, ont contribué à populariser ces idées. Il a écrit une série d’articles sur une prétendue « Internationale juive » dans le journal The Dearborn Independant.

Ainsi, les théories du complot, qui se présentent comme une critique de l’ordre établi, sont en réalité un produit idéologique de droite, historiquement. (...)

De nos jours, beaucoup de gens de gauche, aux Etats-Unis, passent leurs temps à débattre d’une grande variété de théories du complot. Or, ces théories ne représentent aucune menace pour le capitalisme (...)