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Lieux communs de notre temps (1) : la « création de richesses »
par L.F. jeudi 13 novembre 2014
Article mis en ligne le 19 novembre 2014
dernière modification le 13 novembre 2014

Au sein de la fameuse déclaration de Manuel Valls à la City de ce 6 octobre, la phrase "Ce sont les entreprises qui créent la richesse et donc l’emploi." ainsi que sa réception furent assez frappantes à mes yeux. On est en effet devant un cas d’école d’une phrase qui peut vouloir dire tellement de choses qu’au fond elle ne veut rien dire, au point d’en être absurde, mais qui malgré cela est reçue sans aucun questionnement par les médias tant elle est l’expression d’un lieu commun au fond uniformément partagé par les grandes figures de ces médias, du moins des plus puissants d’entre eux.

(...) Ce premier article est consacré à un concept, celui de la "création de la richesse". Exemple parfait du concept que tout le monde utilise, alors même que la polysémie du mot "richesse" est telle qu’au fond ce mot en devient proprement indéfinissable.

De plus, et cette indéfinition du terme "richesse" mise à part, le fait que la "création de richesses" apparaisse comme une nécessité évidente pour notre société d’autre part est un cas d’école de la logique productiviste et uniquement quantitative du "toujours plus" qui sous-tend toute notre vision de l’économie et de la politique économique. (...)

La richesse, cette hydre sémantique

En effet, bien qu’invoquée à tout bout de champ pour justifier les dégoulinantes génuflexions gouvernementales devant les multinationales, la "richesse" n’est jamais clairement définie. Jamais définie tout court, d’ailleurs. Or, si la "création de richesses" est apparemment si importante, si capitale pour notre société, surtout si elle instituée comme un des fondements de la politique de la Nation, ne convient-il pas de savoir de quoi on parle ?

Notons tout d’abord que ce flou qui entoure le terme de "richesse" est pour ainsi dire aussi vieux que la pensée économique : on l’a ainsi successivement défini par la quantité d’or et d’argent – mercantilistes – , la production agricole – physiocrates –, la "valeur d’usage" – les classiques –, la "valeur d’échange" – les néoclassiques –, etc.

S’agit-il ainsi des objets produits ? Des bénéfices ? Des gains de productivité ? De la hausse du niveau de vie ? De l’investissement ? De dividendes ?

Cette indéfinition a un grand "mérite" : chacun met ce qu’il veut derrière ce mot. (...)

la logique du "toujours plus".

Cette logique tourne à plein aujourd’hui : pour résorber le chômage ou combattre la pauvreté, on a qu’un seul remède en tête, la croissance. Il ne viendrait pas à l’idée de nos dirigeants de se demander comment un pays aussi riche que la France peut avoir des millions de chômeurs, afin de pouvoir combattre les causes structurelles et profondes du chômage – idem pour la pauvreté –. Non, la solution c’est de produire plus, peu importe quoi d’ailleurs : notre salut viendra de la croissance.

L’économie américaine, qui concilie actuellement d’une part une croissance relativement élevée dans le contexte actuel et d’autre par une baisse des salaires réels, une augmentation des inégalités et de la pauvreté et une baisse du niveau éducatif – entre autres – semble être une preuve de plus de l’imbécilité absolue de cette croyance désuette, qui apparaît encore plus absurde, voire criminelle, si on prend en compte la dimension écologique.

La "création de richesses" cache ainsi, derrière une indéfinition qui permet son acceptation par tous, derrière son statut d’évidence et de constat pragmatique, une foi religieuse en un salut par la croissance d’un indicateur éminemment fautif.

Qu’un tel objectif soit à la base du projet gouvernemental – qui est au fond celui de créer de richesses pour pouvoir un jour les redistribuer – ne me semble rien présager de bon... (...)