L’été 2022, avec ses périodes de canicule et sa sécheresse extrême, a illustré le réchauffement climatique, anticipé depuis plusieurs décennies par les scientifiques. Pourtant, Emmanuel Macron a affirmé mi-janvier 2023 que le "dérèglement" du climat allait "plus vite que prévu", après avoir laissé entendre lors de ses voeux du 31 décembre que personne n’avait anticipé "la crise climatique". Des propos qui ont suscité incompréhension et critiques de scientifiques. En effet, les climatologues tirent la sonnette d’alarme depuis les années 90 et les premiers rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), et rappellent que les phénomènes climatiques vécus en 2022 faisaient partie du "champ des possibles" anticipés par les conclusions de leurs recherches.L’été 2022, avec ses périodes de canicule et sa sécheresse extrême, a illustré le réchauffement climatique, anticipé depuis plusieurs décennies par les scientifiques. Pourtant, Emmanuel Macron a affirmé mi-janvier 2023 que le "dérèglement" du climat allait "plus vite que prévu", après avoir laissé entendre lors de ses voeux du 31 décembre que personne n’avait anticipé "la crise climatique". Des propos qui ont suscité incompréhension et critiques de scientifiques. En effet, les climatologues tirent la sonnette d’alarme depuis les années 90 et les premiers rapports du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), et rappellent que les phénomènes climatiques vécus en 2022 faisaient partie du "champ des possibles" anticipés par les conclusions de leurs recherches.
(...) Deuxième acte de cette polémique : dans une vidéo sur YouTube diffusée près de trois semaines plus tard, le 18 janvier 2023, le chef de l’Etat a tenté d’expliquer sa phrase critiquée, accusant ses contempteurs de "mauvaise foi" et jugeant avoir été "mal compris". "On a voulu me faire dire qu’au fond, je n’aurais jamais lu un rapport du Giec, de l’Ipbes [experts biodiversité à l’ONU, NDLR], de tous les experts, et que je découvrais en l’année 2022 les dérèglements climatiques", a-t-il déploré.
"Qu’est-ce que j’ai simplement voulu dire ? C’est qu’au fond, ça a été encore plus vite que prévu (...) Même toutes celles et tous ceux qui depuis des années alertent sur l’effondrement de la biodiversité, sur le dérèglement du climat, ont dit : regardez, l’été dernier, ça va encore plus vite qu’on ne l’avait prédit, et on est encore plus touché qu’on ne l’avait prévu", a-t-il ajouté, en défendant son "message d’alerte écologique" face à ceux qui voudraient le "caricaturer en un message de déni".
Interrogé par l’AFP le 19 janvier pour savoir sur quoi se fondait M. Macron pour affirmer que le changement climatique irait "plus vite qu’on ne l’avait prédit", un conseiller de l’exécutif a indiqué qu’"il se base sur diverses publications dont celle de la revue scientifique Nature de février 2022 qui explique que le changement climatique va plus vite que ce que les scientifiques avaient prédit". (...)
Mais, comme l’ont remarqué des experts interrogés par l’AFP le 20 janvier, il traite précisément des "impacts" du changement climatique sur les sociétés humaines, et non du changement climatique lui-même, c’est-à-dire non pas de la vitesse d’évolution du réchauffement.
Ces impacts sont évoqués dès la première phrase de l’article : "Les impacts négatifs du changement climatique augmentent plus vite que ce que les scientifiques prédisaient il y a moins de dix ans", est-il écrit, avec une référence au dernier rapport deuxième groupe de travail du Giec, dédié à l’étude de ces impacts.
"Nombre d’impacts sont inévitables et affecteront davantage les populations de la planète les plus vulnérables", poursuit l’article tout en soulignant que "l’action collective des gouvernements pour à la fois limiter les émissions de gaz à effet de serre et préparer les communautés à vivre avec le réchauffement mondial pourraient toutefois éviter le pire" (...)
Sollicité par l’AFP le 20 janvier 2023, le climatologue Jean Jouzel, ex-vice-président du Giec, a expliqué "ne pas comprendre" comment cet article de Nature, publié en février 2022, pourrait justifier les propos d’Emmanuel Macron de janvier 2023 : cet article, qui alertait sur l’urgence de la situation et la nécessité d’agir pour prévenir, laisse d’autant moins le champ libre à la possibilité de dire près d’un an après sa publication qu’un été comme celui de 2022 n’avait pas été prévu. (...)
Un réchauffement "globalement" pas plus rapide qu’attendu
Qu’avaient prévu précisément les scientifiques ? (...)
Les scientifiques assurent que le changement climatique en France et un été tel que celui de 2022 avaient bien été prévus par leurs modélisations, qui anticipent depuis plusieurs décennies une augmentation de la moyenne des températures du globe et une plus grande fréquence des événements climatiques extrêmes. Selon eux, le dérèglement climatique ne va donc pas plus vite que prévu. (...)
Le mot accélération a ainsi été seulement utilisé pour caractériser la hausse du niveau de la mer, mais pas pour les autres variables que sont la hausse des températures, les sécheresses, le déficit de précipitations ou encore les tempêtes.
Evénements extrêmes anticipés dès les années 90 (...)
L’été 2022 dans le haut de la "gamme des possibles"
Le Giec a donc bien anticipé une fréquence croissante des événements extrêmes. (...)
Il s’inscrit donc bien dans la "gamme des possibles" anticipés par les scientifiques, même si dans la "partie haute" de ces estimations, en conclut Christophe Cassou.
Selon lui, "il y avait une chance sur dix" pour que la canicule de l’été 2022 advienne, une probabilité élevée. En comparaison, la canicule de l’été 2003 avait "environ une chance sur 600" de survenir. "C’est-à-dire que le président de l’époque, Jacques Chirac, aurait bien pu dire ’qui aurait pu prédire’" la canicule de 2003. "Mais pas Emmanuel Macron" pour celle de 2022, tranche M. Cassou. (...)