Dans un entretien au magazine Causeur, le candidat d’En marche ! définit le multiculturalisme comme « la superposition de communautés hermétiques ». Une définition contestée, pour ses amalgames, par les chercheurs spécialistes du sujet.
Voilà qui ressemble en apparence à un retournement de veste. Emmanuel Macron présente d’habitude un visage plutôt accueillant pour les cultures et les minorités. Par ses fréquents rappels à son attachement à la loi de 1905, rien que la loi de 1905 (que beaucoup de ses concurrents voudraient voir élargie aux universités ou même à l’espace public), par sa défense des salariées voilées, ou par ses nombreux éloges de la diversité des cultures, il s’est fait le chantre d’une vision tolérante. Voilà pourtant que dans un entretien au magazine Causeur, il fustige le « multiculturalisme communautariste ». À moins qu’il ne s’agisse d’une nouvelle stratégie attrape-tout, consistant à envoyer des messages à l’électorat de droite, après avoir tenté de séduire la gauche…
Le flou entourant ces messages contradictoires peut déjà sembler gênant, mais il l’est d’autant plus qu’il s’accompagne d’un certain nombre de contresens. L’ex ministre de l’Économie affirme en effet que « la France n’a jamais été et ne sera jamais une nation multiculturelle ». Il définit ensuite le multiculturalisme comme « la superposition de communautés hermétiques ».
Multiculturel, multiculturaliste, communautarisme : une série de confusions
Premier contresens, Emmanuel Macron confond le multiculturalisme comme politique et le fait multiculturel. Le fait multiculturel ne peut guère être contredit. La France, qu’on le veuille ou non, est une nation "multiculturelle", qui intègre une multitude de cultures. Ce fait observable ne peut être confondu avec le multiculturalisme comme politique, qui comme l’explique une chercheuse contactée par Regards, Milena Doytcheva, autrice de Le Multiculturalisme, se définit par « la recherche d’un nouveau point d’équilibre entre diversité et unité nationale ».
« Il faut donner aux mots un sens précis, quand on parle de société multiculturelle, on décrit ; quand on parle de multiculturalisme, on parle d’un traitement politique de certaines différences multiculturelles », complète le sociologue Michel Wievorka, auteur de nombreux ouvrages et articles sur le sujet.
Plus grave, Emmanuel Macron confond et assimile multiculturalisme et communautarisme, lorsqu’il parle de « multiculturalisme communautariste » ou qu’il définit le multiculturalisme comme « la superposition de communautés hermétiques ». Le communautarisme est défini par le dictionnaire Le Robert comme une « tendance à faire prévaloir les spécificités d’une communauté, des communautés (ethniques, religieuses, culturelles, sociales…) au sein d’un ensemble social plus vaste ». Il se caractérise par la revendication de droits collectifs spécifiques qui priment sur les droits individuels octroyés par la nation. (...)