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Le terreau fertile où s’enracine la lutte de Notre-Dame-des-Landes
Défendre la zad, (Editions de l’Eclat), 48 p., 3 €. - Livre en téléchargement : Défendre la zad.
Article mis en ligne le 22 janvier 2016
dernière modification le 18 janvier 2016

Des « occupant(e)s » de la zad de Notre-Dame-des-Landes publie aujourd’hui un appel à « défendre la zad ». C’est un texte d’urgence, face aux menaces renouvelées du pouvoir, mais aussi une tentative de donner le vrai sens de ce qui se cultive dans le bocage : l’autonomie, l’émancipation, la solidarité.

(...) Il s’agit de donner à voir et à sentir, non seulement l’énergie prête à se déployer dans la bataille qui semble de nouveau s’annoncer, mais surtout l’enjeu qui n’est pas tant la défense d’une espérance que la possibilité de la cultiver et de la multiplier.

Court, ramassé, écrit avec une élégance héritée du mouvement situationniste, la brochure raconte le premier acte du renouveau de la lutte. Depuis des années, associations et paysans se battaient avec panache et obstination contre le rouleau compresseur ; mais elles finissaient par s’épuiser devant le mur juridique construit par les bétonneurs. A partir de 2009, des « occupant(e)s » ont commencé à s’installer dans le bocage et à redonner du souffle au combat. Ces forces nouvelles ont pu s’éprouver lors de l’opération policière « César » déclenchée en octobre 2012. Le récit relate ces semaines de bataille inflexible et souple menée par « une communauté de lutte en train de naître », réunissant les occupant.e.s - alias zadistes -, des « habitant.e.s et des paysan.e.s de la zad pour lesquels partir d’ici a toujours été inconcevable » et des militants et voisins, auquels se joignent « des paysans des quatre coins de la région » tandis que « partout en France surgissent plus de 200 comités locaux ». (...)

Le projet de la zad est politique. « L’autonomie, telle qu’elle s’expérimente dans ce bocage, ne peut être réduite à sa dimension matérielle ou alimentaire. L’autarcie n’a pour nous rien de désirable. Ce dont il est question ici, c’est d’autonomie politique. Ce que nous inventons à tâtons, c’est la capacité collective à définir nous-mêmes nos propres règles. Mais la façon dont elles s’établissent et évoluent au rythme de notre vie commune tient plus des us et coutumes que des lois écrites de la République. La légitimité sur laquelle elles s’appuient est celle du vécu, de l’expérience, et ne relève pas d’une quelconque transcendance – intérêt général incarné par l’État, marché ou volonté divine. Dans la brèche ouverte par le repli du pouvoir, s’engouffrent une multiplicité d’espaces de décision, d’organisation et de délibération autonomes qui viennent progressivement le destituer. »

« C’est ce foisonnement constant qui conjure la possibilité d’une prise de pouvoir. C’est ce qui rend impossible qu’une composante de la lutte ne devienne hégémonique, ou qu’un leader détienne entre ses mains la parole et le destin du mouvement. » Les occupants de la zad invoquent le précédent héroïque de la Commune de Paris, cet intervalle de quelques mois, en 1871, durant lequel le peuple de la capitale a cru pouvoir édifier une organisation libérée de l’Etat. Elle fut écrasée par les conservateurs de l’époque appuyée par les Prussiens qui avaient envahi le pays. « Les zad sont aujourd’hui comme autant de communes libres. Et nous affirmons ici que ces communes ne se laisseront plus expulser ». (...)