Dans un essai instructif, Virginie Maris aborde la biodiversité sous un angle philosophique, questionnant son histoire, son sens, ses limites. Contre l’impuissance de l’homme à stopper la destruction du vivant, l’auteure recommande de s’éloigner du paradigme dominant, anthropocentré, court-termiste et technophile.
Parfois, on sent instinctivement pourquoi on lutte. L’intuition et la simple observation nous montrent le combat à mener, la cause où s’investir. Mais il n’est jamais inutile de savoir mieux pourquoi. Sur la biodiversité, par exemple, nous sommes conscients des périls. Mais l’intérêt du travail de Virginie Maris, chargée de recherche au CNRS au Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive de Montpellier, c’est de nous donner des bases solides, conceptuelles, pour construire une pensée, voire des arguments contre ceux que n’inquiète pas l’évolution de notre vieux monde.
Son livre, Philosophie de la biodiversité, est très construit – et d’ailleurs très clair. Il commence par « penser » la biodiversité, avant de la « décrire », puis il s’attache à « évaluer » cette biodiversité avant de songer à la « protéger ». Nous passons donc de l’histoire de la philosophie à l’épistémologie et à l’éthique, pour déboucher sur une philosophie politique, que l’on pourrait même dire pratique. (...)
Platon déjà, dans Le Politique, expliquait qu’on ne peut pas ranger tous les animaux selon une seule catégorie : cela serait une erreur, pensait-il, de croire qu’il n’y a pas d’un côté les hommes et de l’autre les « bêtes ». Le monde est « un être vivant » qui contient tous les êtres vivants. Et dans le Critias, le même Platon mettait en évidence les processus de désertification des plaines de l’Attique. Comme quoi, le souci écologique n’est pas absent de la Grèce antique… (...)
certains avaient vu juste. Par exemple, le diplomate états-unien George Marsh (1801-1882) : « Partout, l’homme est un agent perturbateur », expliquait cet écologiste avant l’heure. Mais quels moyens avons-nous de démontrer que la biodiversité est effectivement menacée, se demande Virginie Maris. Le signe le plus visible des périls est sans doute la disparition des espèces. (...)
l’homme est entrain « d’enrayer un processus vieux comme la vie : celui de la diversification du vivant ».
Face à cette crise, que faire ? Il y a bien eu prise de conscience de beaucoup de gens, mais peu d’actions tangibles. (...)
« Il faut verdir la croissance mais surtout ne pas cesser de croître », disent les autorités. Pour l’auteure, notre impuissance tient donc à ce que nous restons dans le paradigme dominant. Il faut s’éloigner du cadre habituel qui reste anthropocentré, court-termiste, technophile. Peut-on tout faire de front ? Peut-être faut-il jouer sur des compromis, s’attaquer d’abord au court-termisme, qui est le point faible du capitalisme ambiant, en changeant les règles de l’investissement et des fonds de pension. Puis encourager des visions moins anthropocentrées ? En tous cas, le livre de Virginie Maris pousse à se poser les bonnes questions.