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La vie des idées
Le pouvoir des milliardaires philanthropes dans la politique mondiale
Article mis en ligne le 29 avril 2021
dernière modification le 28 avril 2021

Pendant la crise du Covid-19 au printemps 2020, Bill Gates a détrôné George Soros comme principale cible des théories conspirationnistes concernant des milliardaires philanthropes. Comme pour Soros auparavant, des affirmations insensées le concernant sont devenues virales, bien qu’elles aient été réfutées par des vérificateurs de faits (« fact-checkers »). Ces rumeurs sont intéressantes à analyser, car elles révèlent les craintes et les projets politiques qui les sous-tendent.

Nombre d’entre elles sont dirigées contre une personne en particulier, comme les propos antisémites qui visent George Soros ou ceux des anti-vaccins qui attaquent Bill Gates. Mais certains s’inscrivent également dans la tradition du populisme démocratique, qui mobilise les masses contre les élites, perçues comme distantes, occultes et n’ayant pas à rendre de comptes (Fenster 2008). Gates et Soros ont attiré le mépris des anti-mondialisation et des anti-élite, car ils sont aujourd’hui les philanthropes transnationaux les plus puissants de notre époque.

Le premier principe directeur de la Fondation Bill et Melinda Gates (BMGF) avait stipulé qu’il s’agit d’une « fondation familiale animée par les intérêts et les passions de la famille Gates » ; jusqu’à ce jour, la fondation ne compte que trois administrateurs : Bill et Melinda Gates, et, dans le rôle de l’investisseur

Pour les super-riches de ce monde, en particulier aux États-Unis, la philanthropie fait partie de la culture de l’élite, et la majorité s’en tient aux domaines de la santé, de l’éducation et des arts silencieux, Warren Buffett. George Soros, lorsqu’il a développé sa philanthropie internationale dans les années 1990, aimait à se considérer comme un « homme d’État apatride » : « je mène une politique étrangère, ... [m]on but est de devenir la conscience du monde » (Kaufman 2002 : 293). Cette conception de soi remplace la politique publique par l’entreprise privée. Cela crée de sérieux problèmes pour l’autodétermination démocratique, surtout lorsque cette action a lieu à l’échelle transnationale, et que les philanthropes milliardaires interviennent dans d’autres pays que le leur. (...)

Pour les super-riches de ce monde, en particulier aux États-Unis, la philanthropie fait partie de la culture de l’élite, et la majorité s’en tient aux domaines de la santé, de l’éducation et des arts (...)

Au sommet, cependant, les milliardaires ont souvent recours à la philanthropie comme à un outil d’entrepreneuriat social, en essayant de contourner, de remplacer ou de façonner les politiques publiques, ce qui en a fait l’objet d’enquêtes critiques (...)

La politique mondiale reste donc un intérêt minoritaire, mais, Gates et Soros, deux personnes aux ressources exceptionnelles, se sont aventurés dans ce domaine, chacun avec une forte détermination à construire un monde meilleur, en conformité avec leurs idéaux. (...)

Gates et Soros ont tous deux atteint le statut de leader du marché avec leurs entreprises : Gates avec Microsoft, Soros avec le fonds Quantum, longtemps le fonds spéculatif le plus rentable (Kauffman 2002 : 134-146). Au mitan de leur vie, l’un et l’autre ont fait le choix de réorienter leurs ressources matérielles et leurs compétences entrepreneuriales vers la philanthropie – une philanthropie globale et axée sur les résultats, comme l’étaient leurs anciennes activités. Tous deux ont fait le choix d’intervenir dans des domaines où leur expérience professionnelle, leurs compétences, leurs connaissances et leur sens des affaires pouvaient faire florès. Soros a excellé dans ce que l’on appelle le macro-investissement, pariant sur les résultats des grandes tendances et trajectoires de l’économie politique internationale, ce qui correspond bien à sa philanthropie politique transnationale. Gates a construit Microsoft en mettant l’accent sur le développement de produits et la technologie, qu’il a pu transposer dans son approche de la santé mondiale.

Leurs ressources financières sont immenses, car, contrairement à d’autres milliardaires dont la richesse est liée à leurs entreprises, il s’agit principalement de fortunes liquides, issues de l’accumulation des revenus du capital via des sociétés d’investissement (...)