Comme tout cela va vite ! Certains commençaient juste à admettre que le réchauffement climatique était une réalité, que la pandémie due au coronavirus nous rattrapait déjà et mettait la majorité des pays du monde en situation d’urgence sanitaire et économique.
On peut constater que cette époque de progrès industriel sans précédent s’est avérée aussi celle qui a vu revenir les grands peurs du moyen-âge, ainsi que des stratégies de confinement qui ne doivent rien à la modernité.
À force de capitalisme on revient en arrière, politiquement, sanitairement, éthiquement, et même économiquement.
Quelle est la faille du raisonnement, et du fonctionnement, néolibéral, qui nous conduit à une régression générale, et bientôt mortelle ? (...)
Avoir un projet politique, c’est avoir une vision, c’est faire une anticipation et préparer les moyens qui vont être nécessaire pour mettre en place ce que l’on veut obtenir. Ce projet peut aller de la simple accession au pouvoir, à celui du développement de la mise en place de certains aspects de la chose publique, voire à une rupture brutale, et parfois sanglante, avec l’existant.
Mais dans tous les cas existe, chez celui qui désire accéder au pouvoir, une compréhension de la société dans laquelle il vit dont va dépendre son projet futur. Et, bien sûr, cette compréhension est contingente, subjective, et liée à l’expérience personnelle de celui-ci, ainsi qu’à l’idéologie dont il a été imprégné.
Je ne veux pas traiter ici de la réussite dans la prise de pouvoir.
Non, je veux juste explorer la question de pourquoi le néolibéralisme réussit, justement, à gagner de plus en plus de pouvoir au niveau mondial, mais pour arriver à détruire ce sur quoi il est construit, c’est-à-dire la richesse du monde (voir l’article de Georges Monbiot sur Reporterre "Le capitalisme nous conduit au désastre").
Et je me demande si le ver n’était pas dans le fruit dès le départ, et donc s’il était écrit que le capitalisme allait échouer. (...)
Chaque crise est l’occasion de faire à nouveau gagner de l’argent aux investisseurs et de diminuer les filets de soutiens sociaux, et hop ! C’est reparti pour un tour. Se refaire une santé après une crise qu’on a soi-même causée est une des activités favorite des capitalistes contemporains.
Mais on voit bien que, si cette machine néolibérale qui joue avec l’échiquier mondial est experte dans l’art de se refaire, elle est absolument incapable de prévoir quoi que ce soit pour empêcher sa voracité de détruire la planète, son climat, et les hommes et les femmes qui sont dessus. (...)
Le point obscur du néolibéralisme
Si je devais résumer ce que j’imagine de la colonne vertébrale idéologique des néolibéraux ce serait : nous avons le pouvoir et l’argent, arrangeons-nous pour garder et augmenter ce pouvoir et accroître au maximum nos bénéfices. Et pour cela utilisons la démocratie contre elle-même afin de détruire peu à peu tous les contre-pouvoirs qui pourraient s’opposer à nous, notamment les services publiques de qualité qui nous feraient concurrence, les lois protégeant les salariés et les citoyens, et faisons voter le plus de lois possibles favorisant l’entreprise, la finance et les transferts d’argent, tout en trouvant des astuces pour une imposition la moins forte possible pour les très gros revenus.
Même en supposant que je ne me trompe pas, je reconnais cependant que rares sont les néolibéraux qui annoncent ainsi la couleur, au contraire ils parlent de liberté, de choix, de mondialisation, de pragmatisme, d’efforts nécessaires (pour nous), de culpabilité « Nous avons vécu au-dessus de nos moyens »…
Mais dans les faits ? (...)
Je rappelle qu’un certain nombre de ces capitalistes de haut-vol (oui, vol…) ont investi dans des terres près des pôles au cas où le réchauffement climatique passerait, quand même, par eux.
Selon moi, le point obscur de ces néolibéraux, c’est eux-mêmes.
Ils voient un monde dont ils occupent le centre, et cela déforme toute leur vision. À l’instar d’un président qui désigne une partie de ces citoyens par l’expression « …ceux qui ne sont rien » (formule qui en dit long sur la représentation que ce dernier a de lui-même et de ses petits camarades) ces gens ne voient pas les populations comme une énorme somme d’individus, avec des équilibres complexes qui doivent être respectés, mais comme des instruments à leur service. (...)
Ils sont en fait incapables de comprendre que les bienfaits dont ils jouissent ne sont pas les conséquences de leur merveilleux talent, mais celles de l’évolution d’une société, faites d’hommes et de femmes, qui ont accepté l’inégalité du monde, parfois par peur, parfois par défaitisme et conformisme social, mais souvent (depuis le monde moderne), parce que cette société avançait dans le sens d’un progrès possible pour tous. Ces derniers acceptent de ne pas avoir parce qu’ils pourront peut-être un jour avoir plus, et si ce n’est eux, leurs enfants le pourront. Or cette perception est de plus en plus battue en brèche dans la société (...)
L’ascenseur social s’est transformé en pente glissante.
Les grands capitalistes ont, selon moi, une vision aristocratique du monde, même s’il s’agit d’une aristocratie d’argent, mais sans avoir intégré l’histoire qui a fait que la hiérarchie sociale présentait au moins l’intérêt, pour ceux qui étaient au milieu de l’échelle sociale, d’être stable, ce qui n’est plus le cas. (...)
le fait qu’ils manipulent les foules, en particulier au moment des élections pour lesquelles ils parviennent à faire élire leurs représentants en faisant croire que ceux-ci sont du côté des citoyens (et souvent en parvenant à démonétiser le vote chez les opposants au système qui, du coup, s’abstiennent) les amènent à mépriser absolument ce peuple manipulable à l’envi. C’est cette vision du monde qui fait que ce pouvoir est incapable de faire "avec" les citoyens, il ne peut faire que "contre". D’où les pseudos-discussions avec les syndicats dont ceux-ci témoignent qu’il n’y avait aucun échange possible. D’où l’impossibilité de demander des efforts à la population pour lutter contre la transmission du virus sous la forme d’une proposition valorisée, en n’étant capable au contraire que de menaces de sanctions et de culpabilisation indue des citoyens, et jamais de remerciements pour les efforts faits, comme dans le management moderne. D’où aussi la répression parfois violente de manifestations de personnes mécontentes mais pacifiques.
L’ivresse du pouvoir qui fait négliger le peuple, on l’observe régulièrement chez ces gens-là, même si elle est plus difficile à montrer sur les vrais décideurs qui s’expriment rarement dans les médias que sur leurs fondés de pouvoir. Je ne citerai personne. (...)
je me permettrai de faire remarquer que les animaux ne sont pas si fous. Des équilibres se trouvent en général pour que l’appétit de pouvoir du chef ne mette pas en péril toute la communauté.
Nos mâles alphas aveugles n’ont pas cette sagesse : sciant consciencieusement la branche (haut-placée) sur laquelle ils sont assis, ils n’anticipent, ni la chute de cette branche, ni la leur. Ainsi, malgré leurs belles paroles, devant une pandémie mondiale ils pensent à faire du fric, pas à utiliser celui qu’ils ont déjà pour augmenter les lits d’hôpitaux, ou user de leur influence dans ce but ; et devant le dérèglement climatique ou la destruction du vivant, ils ne pensent qu’à consolider leurs possessions au lieu d’utiliser celles-ci pour sauver la planète. Et ils n’ont conscience ni de leur propre avidité, ni de leur inconséquence, donc ni de leur absolu égoïsme, ni de leur mégalomanie, ce qui semble fréquent dans les périodes de décadence. Serions-nous en décadence mondiale ?
Un éclair de lucidité serait le bienvenu avant que les peuples du monde entier, et notamment les jeunes, ne mettent à sac ce système qui, pour le moment, sert toujours, et de plus en plus, les mêmes, jusqu’à le mener à sa propre perte, et à la nôtre.