Après un intense lobbying, la Société de livraison des ouvrages olympiques a autorisé l’utilisation de bois tropical pour des aménagements du futur village des athlètes, en Seine-Saint-Denis. Des industriels s’en réjouissent alors que la protection des forêts tropicales est un enjeu majeur pour le climat
À deux ans des Jeux olympiques de 2024, les travaux des futurs sites sont en plein boom. 61 grues sont en action sur 40 chantiers à l’été 2022. Pour le village des athlètes, entre Saint-Ouen et Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, les organisateurs affichent une exigence environnementale : construction en bois pour réduire les gaz à effet de serre, performance énergétique, parc urbain.
La construction du village est pilotée par la Société de livraison des ouvrages olympiques (Solideo), réunissant État, collectivités locales, comité d’organisation des Jeux, et présidée par la maire de Paris, Anne Hidalgo. L’un des engagements phares de la Solideo est l’interdiction d’utiliser des bois « d’origine exotique ». La protection des forêts tropicales est un enjeu majeur des politiques de lutte contre le dérèglement climatique et de la défense des droits des peuples autochtones. (...)
Ces bonnes résolutions ont-elles vécu ? Dans l’appel d’offres concernant l’aménagement des extérieurs du village des athlètes, le bois tropical est cette fois-ci accepté. Pour les bordures des revêtements des sols extérieurs, une « alternative en bois tropical » est proposée aux entreprises, et une essence est même conseillée, comme l’a évoqué Le Canard enchaîné : le tali, un arbre du bassin du Congo résistant à l’humidité et aux insectes. C’est valable aussi pour le mobilier urbain du futur parc, et pour un plancher de charpente dans l’espace public. (...)
Une autre essence est citée dans l’appel d’offres : l’okan, « prévu » pour certaines pièces d’aménagement extérieur. Cette espèce vivant dans les forêts denses humides tropicales se régénère difficilement si elle est exploitée massivement. L’okan est considéré comme un arbre fétiche par certains peuples autochtones.
Au total, cela représente une surface au sol de 4 400 m2, soit environ quatre ou cinq conteneurs de produits à importer. Une goutte d’eau dans le volume de matériaux avalé par les chantiers des JO. « On ne se bat pas pour un volume mais pour un symbole, se réjouit Benoît Jobbé-Duval, directeur général de l’ATIBT, le lobby des industries du bois tropical. On voulait que la porte soit ouverte à la consommation responsable de bois en provenance d’Afrique centrale. »
Les chantiers des JO de 2024 vont leur apporter « de la visibilité et de la lisibilité », espère-t-il. (...)
« si les JO avaient tenu bon sur l’interdiction du bois tropical, cela aurait donné un bon exemple », regrette Sylvain Angerand, de l’association Canopée-Forêts vivantes. Il précise que le tali, une essence secondaire et abondante, ne présente pas en soi d’enjeux aigus de conservation, mais que la fragilité et la valeur sociale de l’okan questionnent la pertinence de son exploitation.
Intense lobbying
Le maître d’ouvrage du village olympique exige que ces grumes exotiques respectent les labels FSC ou PEFC, supposés garantir le respect de la biodiversité. Mais cette certification est remise en cause par des ONG internationales et locales qui y voient à l’œuvre des conflits d’intérêts et du greenwashing (ou écoblanchiment). (...)