"L’Arctique connaît son été le plus froid depuis 64 ans", assurent des publications dénonçant une couverture alarmiste du réchauffement climatique et une "psychose caniculaire", en citant des chiffres de l’Institut météorologique danois (DMI). Problème : contacté par l’AFP, le DMI lui-même a assuré que ses données, qui ne concernent qu’une certaine région de l’Arctique, sont mal interprétées et mènent à un constat erroné. Les experts contactés par l’AFP affirment unanimement que la fonte des glaces de l’Arctique causée par le réchauffement climatique est documentée, et fait aujourd’hui consensus dans le monde scientifique.
Alors que l’Europe connaît des records de chaleur et de nombreux incendies, des publications appellent à relativiser le réchauffement climatique en assurant que l’Arctique connait son "début d’été le plus froid en 64 ans".
C’est ce qu’affirme notamment un billet de blog publié sur le site Réseau International le 22 juin. Il assure faire état de "données factuelles groenlandaises rapportées par l’Institut météorologique danois (DMI)" montrant un "phénomène actuel d’augmentation de l’épaisseur de surface de la calotte polaire du Groenland, curieusement ignoré par les fauteurs de bruit médiatique au service de la psychose caniculaire". (...)
Cet argument est repris par de nombreux internautes et parfois arrondi à "70 ans" (...)
"Ce graphique ne montre que la température moyenne sur la période, et non les années de manière individuelle. Il n’est donc pas juste de conclure, sur la base de ce graphique, que cette année est le ’début le plus froid de l’été arctique depuis 64 ans’", a réfuté le 27 juillet l’Institut météorologique danois auprès de l’AFP.
Cet autre graphique du DMI, qui montre, pour la même zone, les anomalies de températures pour l’été (en rouge) et l’hiver (en bleu), met bien en avant une nette hausse de leur nombre au fil des années. (...)
"Il faut également noter que le schéma (mis en avant dans le billet de blog, NDLR) ne montre que la température au nord du 80e parallèle nord et n’inclut donc pas une grande partie de la région arctique", poursuit le DMI.
Or, "il faut faire attention à regarder l’Arctique dans son entièreté car il y a des zones qui seront plus chaudes ou plus froides du fait de l’origine du vent", a pointé le 28 juillet auprès l’AFP Xavier Fettweis, professeur en climatologie à l’université de Liège.
"Actuellement on est en dessous de la moyenne au Groenland, à cause d’une anomalie de la circulation atmosphérique, mais les autres régions sont plus chaudes, comme l’archipel norvégien des Svalbard où l’on bat tous les records, avec une anomalie de température de l’ordre de 5° degrés (de plus) par rapport à la période 1980-2010, ce qui est énorme. En plus, le mois de juin est le moment où l’été est le plus froid en Arctique, donc c’est plutôt le mois de juillet qu’il faudrait regarder", poursuit l’expert.
L’épaississement de certaines couches de glace prouve qu’il n’y a pas réchauffement climatique ? TROMPEUR
C’est le deuxième argument avancé (...)
si un épaississement de la glace est bien constaté sur certaines parties du Groenland, cela est attendu, selon les scientifiques interrogés.
"Avec le réchauffement climatique, on constate un double effet au Groenland : une augmentation des précipitations, de l’ordre de 5% de neige par degré gagné, donc ça épaissit la neige à l’intérieur des terres de la calotte glaciaire, mais aussi, pour ce même degré gagné, une augmentation de la fonte, a expliqué à l’AFP le professeur en climatologie Xavier Fettweis.
"C’est normal qu’il neige un peu plus dans le centre puisque, lorsqu’il fait plus chaud, il y a plus d’humidité dans l’atmosphère, car elle dépend de la température d’une façon exponentielle. Et du coup il y a plus de réserves pour faire neiger davantage", explique Catherine Ritz.
"Cela correspond à ce qu’on prévoit en cas de réchauffement. C’est exactement la physique de climat standard de dire qu’il va neiger un peu plus, donc cela va épaissir un peu le centre de la glace, mais, par contre, cela va fondre plus sur les bords",poursuit la scientifique. (...)
"Si l’on ajoute la fonte et les chutes de neige, on constate que le bilan total est négatif, c’est-à-dire qu’en moyenne, sur une longue période, le Groenland perd plus de glace qu’il n’en gagne", poursuit le DMI. (...)
"Statistiquement, en climatologie, c’est improbable d’avoir de telles anomalies par rapport à ce qui était observé en 1980 sans tenir compte du réchauffement climatique", conclut le climatologue Xavier Fettweis.
Ce constat est également celui tiré par un Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) paru le 1er mars, expliquant que la fonte des glaces et neiges est l’une des dix menaces majeures causées par le réchauffement climatique, perturbant les écosystèmes et menaçant certaines infrastructures.
Les publications relayées sur les réseaux sociaux "diffusent des informations erronées qui sont loin de correspondre à la compréhension scientifique bien développée de ce sujet", a regretté le DMI auprès de l’AFP.
Les scientifiques du programme d’observation Copernicus de l’Union européenne, qui rassemble les données climatiques par satellite, ont confirmé la tendance de fonte de la glace de mer arctique depuis 1979. (...)