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le monde diplomatique
Le cri d’alarme des pays-poubelles
Article mis en ligne le 10 août 2019
dernière modification le 9 août 2019

L’Indonésie a récemment réexpédié à la France et à Hong Kong sept conteneurs de déchets ménagers, plastiques et toxiques, envoyés illégalement sur son territoire. Dans les pays d’Asie du Sud-Est, le refus de servir de « poubelle du monde » se propage depuis que la Chine a cessé d’importer les déchets des pays développés en 2018.

Début juillet, Jakarta avait déjà retourné treize conteneurs ; quarante-deux autres sont en attente pour repartir vers les États-Unis, l’Australie et l’Allemagne. En 1988, Gérard de Sélys et Anne Maesschalk dénonçaient déjà ce lucratif « marché des déchets » et le manque de volonté des pays développés à traiter correctement les substances toxiques. (...)

Depuis le début des années 80, les industries polluantes du Nord se hâtent d’évacuer en masse vers le Sud leurs déchets toxiques qu’une réglementation de plus en plus stricte leur interdit d’abandonner chez eux n’importe où et n’importe comment. (...)

Chaque fois, le scénario est le même :

• choix d’un pays pauvre d’Afrique avec façade maritime et n’ayant pas signé la convention de Londres sur « la prévention de la pollution des mers résultant de l’immersion de déchets » : Guinée-Bissau, Bénin, Djibouti, Sénégal, Nigeria, Congo-Brazzaville ;

• conclusion d’un contrat d’entreposage et de traitement avec des sociétés paravents installées dans des pays échappant aux directives européennes Hobday Ltd (île de Man), Bauwerk (Lichtenstein), Sesco Ltd (Gibraltar) et Intercontrat SA (Suisse) ;

• dissimulation des commanditaires américains (Export Waste Management Inc. et Lindaco) ou européens (Jelly Wax) occultant à leur tour les multinationales productrices de déchets toxiques par des clauses de confidentialité très strictes ;

• prix offerts (de 2,5 à 40 dollars la tonne) nettement inférieurs aux prix des marchés européens et américains (de 75 à 300 dollars la tonne) ;

• transport effectué par bateaux sous pavillon de complaisance avec des équipages prêts à fermer les yeux sur des largages clandestins en mer. (...)