
Paru en trois parties dans La Republica, « Vieni via con me » était, à l’origine, une série d’émissions de télévision destinée à la RAI, chaîne publique. Les pressions, polémiques, obstacles et empêchements de toutes sortes s’accumulant, la série a finalement été diffusée sur une chaîne privée où elle a connu une immense audience.
Roberto Saviano a précédé ses articles, dans la version française de « Le combat continue » (éditions Robert Laffont), d’une préface évoquant les activités des mafias italiennes en France. Enfin, une interview d’un célèbre « repenti » conclut l’ensemble.
Selon l’auteur, la France investit peu dans la lutte contre les organisations criminelles. La classe politique demeure myope. Mais cette indifférence commence à avoir de lourdes conséquences. En Italie, elles sont dramatiques.
(...) la France et l’Espagne sont devenues des bases essentielles pour les narcotrafics, en particulier pour la distribution de cocaïne. La marchandise provient de la Guadeloupe et de l’Afrique équatoriale, désormais surnommée « Afrique blanche ». Cosa Nostra, Camorra et ‘Ndrangheta d’une part, mais aussi mafias croates, serbes, algériennes, etc… transiteraient par les cartels corses. L’argent recyclé infiltre les circuits bancaires. Car ces mafias allient le plus haut degré de tradition archaïque avec… le plus haut degré d’évolution économique.
Organisées en « familles », disciplinées, hiérarchisées, elles se caractérisent par des rituels et des codes ancestraux. Mais, en même temps, elles contrôlent d’immenses secteurs économiques : déchets, téléphonie, marché immobilier, restauration, supermarchés, etc.
Une de leurs autres caractéristiques réside dans leur propension à répandre discrédit et rumeurs diffamatoires sur tous ceux qui refusent leur collaboration, ou pire, qui s’opposent à leur hégémonie. (...)