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La mort par insignifiance
par Pierre JC Allard samedi 27 septembre 2014
Article mis en ligne le 6 octobre 2014
dernière modification le 27 septembre 2014

"Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles…. » On peut compléter Valery en indiquant la cause probable de décès : les civilisations meurent quand elles acceptent de ne pas avoir de sens..... Lutter dans la boue, pour ce dont on a déja trop par exemple.

Aujourd’hui, TOUT est filtré ou dénaturé de façon à projeter l’image de la réalité que souhaite le Système… et nulle autre. Pour tricher, plus besoin de raturer et biffer « à la 1984 » ; on écrit simplement « par dessus », en palimpseste… On sait que les gens auront vite oublié les milles versions qu’aura remplacées la mille-et-unième.

La construction d’une pseudo réalité sur mesure pour les fins du pouvoir est désormais tenue pour acquise. Les articles d’information reprennent inlassablement la même irréalité, avec de subtiles retouches qui la rapprochent lentement de celle qu’on veut définitive…. pour un temps. Les « bonnes » contributions des internautes sont introduites dans le topo général des auteurs à gages, pour soutenir la thèse voulue et produire une effet de renforcement… ou un désaccord mou factice qui rendra le tout plus crédible.

Il n’y a donc plus dans la presse « des mensonges », mais une seule et unique fable de l’actualité, dont l’intrigue globale, sans queue ni tête, ressemble à celle d’Alice au pays des merveille… Il n’y a plus de vérité. (...)

un consensus s’est établi dans notre société pour donner un seul but à notre civilisation : l’ACQUISITION. Il s’y est ainsi mis en place une supra morale de l’enrichissement qui justifie tout.

Ce qui enrichit peut être inopportun, voire indélicat, mais n’est jamais intrinsèquement « mauvais ». La croissance est BONNE, la richesse est bonne. En dire du mal cache toujours est un clin d’œil aux copains par dessus la tête des jocrisses. Dites ‘Kyoto’, mais en faisant les plans du prochain barrage… Un pays, c’est son PNB ; son succès tangible, l’évolution de son revenu par tête. Pinochet a sauvé le Chili. Sans Castro, Cuba aurait le niveau et le style de vie du Bronx. Si on ne respirait que les jours pairs, Shanghai pourrait accueillir 30 millions de voitures…. La logique d’un choix.

Nous avons fait un mauvais choix. La révolution industrielle a rendu l’enrichissement matériel si facile, que nul autre projet de développement n’a plus semblé avoir la moindre chance de rivaliser avec celui-ci pour la faveur populaire…. Toutes les structures d’autorité comme de pouvoir ont donc convergé dans la facilité et c’est cette culture de acquisition qui s’est imposée.

Nous avons ainsi fait le choix culturel pervers de NE PAS évoluer hors du paradigme darwinien strict, totalement conflictuel qui met la force au-dessus de tout, vers un modèle de coopération qui aurait pourtant dû le remplacer NATURELLENT. Naturellement, car quand les valeurs humaines apparaissent en société, c’est à leur heure … et elles sont dès lors tout aussi naturelles et incontournables que les lois de la physique !

Quand l’évolution atteint le seuil où la fusion devient plus porteuse que l’assimilation, la coopération tend à s’imposer. La reproduction bi-sexuelle n’en est-elle pas l’incontournable exemple ? (...)

Dans le contexte d’une croissante interdépendance comme moteur d’évolution, donner l’acquisition comme but final à une société, c’est évidemment lui enlever toute signifiance, car c’est limiter à un progrès quantitatif ce qui ne peut être essentiellement qu’un achèvement qualitatif culminant en une mutation qui lui donne son sens. Une civilisation qui se donne pour but ultime d’acquérir est mort-née.

Elle ne peut aboutir qu’a une consommation effrénée de biens - que seuls les plus sots pourront quelque temps identifier à une démarche hédoniste per se… - ou à leur thésaurisation, laquelle deviendra alors inévitablement symbolique, en rendant la matérialité triviale et la poursuite insensée.

Morte pour elle et pour les siens, car « acquérir », comme but, a le démérite, pour les individus comme pour celle-ci, de créer un jeu à somme nulle qui est l’antithèse de l’accent sur la collaboration qui devrait être le but du « être plus ensemble » que signifie une société… et la vie même de l’individu. (...).

Plus grave, le BIEN sous sa forme de partage est devenu une maladie honteuse dont il faut parler à voix basse. Ainsi, même si c’est le problème prioritaire à régler et que ce débat est aussi présent dans la conscience populaire que le sexe dans l’imagination d’un adolescent, la répartition actuelle de la richesse, qui est le résultat cumulatif de brigandages et de marchés inégaux successifs depuis toujours, un partage qu’aucune éthique naturelle ne pourrait justifier, ne peut être être remise en question …. Et on ne doit jamais en dire un mot. (...)

Rien ne semble pouvoir contrer cette course vers la mort par insignifiance de notre société qui s’épuise à compter et ne pense plus à rien d’autre. Pourtant cette domination est infiniment fragile. Comme l’emprise de l’hypnose, dont le charme peut être brisé d’un clic… Car tout le pouvoir du Système repose sur la fringale de consommer dans l’esprit du manipulé. Toute la civilisation occidentale pivote autour ce cet axe de consommation.

Il suffit que VOUS cessiez de consommer ce qu’on vous dit de consommer et choisissiez de ne plus acquérir que selon vos vrais besoins, pour que le Système fasèye et s’effondre. Ne consommer que ce dont on a besoin. Simplicité volontaire.

NE PAS consommer l’inutile est le plus révolutionnaIre des gestes, car vous affirmez ainsi votre indépendance de toutes les pressions que les désirs qu’on vous a créés vous imposent. Votre affranchissement de l’Insignifiant en vous qui est votre véritable ennemi et celui du genre humain.