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La maladie des ondes reste mal reconnue, déplorent des médecins
Article mis en ligne le 24 février 2016
dernière modification le 19 février 2016

Adoptée il y a un an, la loi sur les ondes électromagnétiques, bien que timide, va permettre de mieux réguler l’implantation des antennes-relais. Néanmoins, les électro-hypersensibles bataillent toujours pour faire reconnaître la maladie des ondes.

Il y a un an, après une série de déboires parlementaires, la loi sur les ondes était enfin adoptée. Un premier texte, timide, relatif à « la sobriété, à la transparence, à l’information et à la concertation en matière d’exposition aux ondes électromagnétiques ». Où en est-on aujourd’hui ? Les décrets d’application de la loi sont prêts, mais pas encore publiés. Pas de quoi s’inquiéter pour l’instant, rassure la députée écolo à l’origine de la loi, Laurence Abeille. D’ici quelques mois, l’implantation d’antennes-relais sera soumise à de nouvelles règles.

Seule mention de l’électro-hypersensibilité dans la loi : un rapport qui doit être réalisé par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de la santé et du travail (Anses). Il aurait dû être rendu en ce début d’année mais le sera finalement fin 2016 : « C’est sans doute parce qu’il y a énormément de nouvelles études sur le sujet. Tant mieux si cela permet d’avoir un meilleur rapport », estime l’élue. Elle a tout de même tenu à organiser, jeudi 11 février, un colloque sur le sujet. Une piqûre de rappel, car la sensibilité aux ondes « est un sujet de santé publique », affirme Laurence Abeille. Selon les estimations des experts qui travaillent sur la question, de 2 % à 10 % de la population européenne serait concernée par cette maladie.
« Une augmentation dramatique de maladies graves et chroniques »

À l’occasion de ce colloque, cinquante médecins, scientifiques et professionnels de santé ont lancé un appel à comprendre et prendre en compte cette maladie. « Nous constatons ces dernières années, au cours de nos consultations, une augmentation dramatique de maladies graves et chroniques chez nos patients », commencent-ils. (...)

L’appel demande notamment de réduire l’exposition des enfants aux ondes électromagnétiques, une recherche « indépendante et approfondie », des « zones blanches » – sans ondes – pour les personnes électro-hypersensibles et une reconnaissance de cette maladie comme handicap.

« Il faut que le monde médical s’empare du sujet », approuve Laurence Abeille. Mais la question est difficile à prendre en compte par les médecins, qui soit ne prennent pas au sérieux cette maladie, soit ne savent pas la diagnostiquer. (...)

« Nous allons faire des formations pour apprendre aux médecins à diagnostiquer la maladie », avance, en réponse, le cancérologue Dominique Belpomme. Le professeur, à l’origine de cet appel des professionnels de santé, est l’un des premiers à s’être intéressé aux effets des ondes. (...)

Souvent considérés comme phobiques ou paranoïaques, les électro-hypersensibles bataillent à faire reconnaître leur maladie, et donc la potentielle dangerosité des ondes électromagnétiques. Mais une étude parue en décembre 2015 pourrait changer la donne : elle a identifié des « marqueurs biologiques », c’est-à-dire des réactions spécifiques du corps à la maladie. Menée par le professeur Dominique Belpomme, l’étude a suivi sur la longueur plus de 500 patients atteints d’électro-hypersensibilité. En plus des analyses de sang et d’urine, qui ont montré certaines anormalités, le professeur a observé l’activité du cerveau : elle montre que certaines zones précises sont moins bien irriguées chez les patients électro-hypersensibles. (...)

La publication a déjà provoqué des remous dans la communauté scientifique. « Une équipe aux États-Unis et une autre en Suède vont lancer des études similaires, s’enthousiasme le professeur. Je suis presque certain que d’ici cinq à dix ans de recherche supplémentaires, on pourra affirmer que ce sont bien des malades atteints d’une affection à la suite d’exposition aux ondes électromagnétiques. »
« Instiller dans l’opinion publique l’idée que cette maladie existe »

Côté juridique aussi, la reconnaissance de la maladie progresse à petits pas. (...)

Reste que l’absence du ministère de la Santé au colloque, pourtant organisé à l’Assemblée nationale, est significative, selon Laurence Abeille. « En France, les pouvoirs publics ont toujours eu du mal à prendre en compte les pollution environnementales, déplore-t-elle. On a grandi avec l’histoire de l’amiante et j’ai l’impression que l’on reproduit ce refus absolu de considérer les études, on continue de répondre qu’il faut favoriser l’emploi. C’est patent pour les ondes, les pesticides, plein de sujets... Cela me choque. »