Les réactions se multiplient après les révélations de Mediapart concernant le ministre des solidarités, Damien Abad, visé par deux accusations de viol, qui ont fait l’objet d’un signalement adressé à La République en marche (LREM) et aux Républicains (LR) le 16 mai. La majorité présidentielle peine à justifier de l’avoir nommé au gouvernement malgré cette alerte.
Samedi soir, Mediapart a révélé les témoignages de deux femmes qui accusent Damien Abad. Elles ne se connaissent pas, mais les faits qu’elles dénoncent se seraient déroulés à quelques mois d’intervalle, fin 2010 et début 2011. Margaux, une ancienne militante centriste de 35 ans, a porté plainte pour viol en 2017. L’enquête a été classée sans suite pour « infraction insuffisamment caractérisée ».
(...) Questionnée dimanche matin sur l’affaire, la première ministre, Élisabeth Borne, a assuré que « bien évidemment », elle n’était « pas au courant ». « J’ai découvert l’article de Mediapart hier, je n’ai pas plus d’éléments que le fait que l’affaire a été classée sans suite. »
Cette réponse interroge. Aucune connaissance, a minima, de la plainte pour viol déposée en 2017 (puis classée) ? Avant chaque nomination, les ministres sont passés au crible. Comment imaginer que l’exécutif ait pu ignorer l’existence la plainte, qui avait même à l’époque fuité dans le magazine Closer et abondamment circulé dans le monde politique ? Puis comment expliquer aussi que le signalement adressé le 16 mai par l’Observatoire à plusieurs dirigeants de LREM (Christophe Castaner, président du groupe à l’Assemblée nationale ; Stanislas Guerini, délégué général du mouvement, qui vient d’être nommé ministre ; Bérangère Couillard, députée LREM) ne soit pas remonté à Matignon ou à l’Élysée ? (...)
Questionné dimanche midi par Mediapart, l’Élysée n’a pour l’instant pas répondu. L’affaire est embarrassante pour l’exécutif, alors qu’Emmanuel Macron a réaffirmé durant sa campagne vouloir refaire de l’égalité femmes-hommes la « grande cause de son nouveau quinquennat ».
Lors de son premier quinquennat, ce slogan avait été écorné par le maintien au gouvernement de deux ministres visés par des accusations de viol, Gérald Darmanin et Nicolas Hulot (accusations qu’ils contestent), et la nomination au ministère de la justice d’Éric Dupond-Moretti, porte-voix des adversaires de #MeToo et auteur de propos sexistes.
Gérald Darmanin, toujours visé par une enquête pour viol (dans laquelle le parquet a requis un non-lieu), a été reconduit comme ministre de l’intérieur dans le gouvernement d’Élisabeth Borne. Place Beauvau, il continuera à diriger – entre autres sujets – la lutte contre les violences sexuelles et sexistes.
Dimanche, d’autres figures de la majorité ont pris soin de se tenir à distance du dossier Abad. Sur France Info, dimanche matin, Gilles Le Gendre, député LREM de Paris, a assuré qu’il découvrait l’information par la question du journaliste (...)
Sur BFMTV, François Bayrou a lui aussi botté en touche. Le président du MoDem a assuré qu’il ne « savait rien de cette affaire », qu’il n’avait « aucune information sur ce sujet, ni avant, ni après, ni de près, ni de loin », et que ce n’était pas lui qui avait « formé le gouvernement ». Il a renvoyé la balle vers la « justice » et ses « enquêtes ». (...)
Mais il s’est surtout montré critique des « temps que nous vivons », où « les personnalités responsables sont tellement souvent ciblées », et a dénoncé une « surenchère » et un « engrenage ». (...)
Au sein du parti Les Républicains (LR), également destinataire du signalement de l’Observatoire, silence radio. (...)
À Mediapart, samedi, une femme ayant milité au sein des Jeunes démocrates entre 2008 et 2011 assure avoir été « alertée par au moins deux hommes » quant au comportement de Damien Abad, alors président des Jeunes centristes, qui lui avait été décrit comme « un prédateur sexuel pratiquant le “droit de cuissage” avec les jeunes militantes ». « Ayant été prévenue en amont, je me suis toujours tenue éloignée des Jeunes centristes et n’ai donc jamais rencontré cet homme, a-t-elle expliqué. Pendant longtemps, j’ai intégré l’information et ne l’ai pas considérée avec gravité. » Plus tard, elle a eu connaissance du témoignage de la plaignante, Margaux, qu’elle a côtoyée dans ce mouvement. « Si je sais depuis plus de 10 ans, tlm [tout le monde – ndlr] savait », a-t-elle écrit sur Twitter, dimanche. (...)
À gauche, Jean-Luc Mélenchon, questionné au « Grand Jury » de RTL, a répondu que « personne n’est à l’aise face à ce type de sujet ». La semaine dernière, le président de La France insoumise (LFI) affrontait lui-même une affaire interne, le cas de Taha Bouhafs – qui avait été contraint de retirer sa candidature aux législatives après un signalement pour violences sexuelles.
« On a pris trois jours à prendre une décision qui était très compliquée à prendre et cruelle aussi pour l’intéressé », s’il s’avérait qu’il n’était « pas coupable », a-t-il souligné. « Lui-même [Taha Bouhafs, qui a dénoncé des « calomnies » – ndlr] l’a accepté, c’est la grosse différence. [...] M. Damien Abad pourrait aussi en tirer des conclusions personnelles, mais je ne lui dis pas “faites-le”, je ne sais pas. » Évoquant le signalement à LREM resté sans réponse, Jean-Luc Mélenchon a affirmé : « Si ça avait été à la LFI, dès le signalement il y aurait eu une intervention ». (...)
De son côté, Damien Abad a fermement contesté les accusations qui le visent (...)