Une épidémie de grippe aviaire décime depuis le printemps des colonies d’oiseaux marins du nord de l’Europe. En France, ce virus qui a déjà tué des milliers d’oiseaux se trouve déjà du Pas-de-Calais à la Bretagne.
Au début du printemps, plus de 3 000 sternes caugek, des oiseaux marins rares en France, ont élu domicile sur cet espace qui borde la mer du Nord, dans le Pas-de-Calais. Un chiffre inégalé depuis des années. Mais au mois de mai, ces oiseaux migrateurs, reconnaissables à leur crête noire ébouriffée et à leur bec au bout jaune, ont commencé à mourir en masse. En quelques semaines, la colonie a été décimée. Seuls 500 adultes et 200 poussins ont survécu à l’hécatombe. (...)
Avec ses collègues, Marie Delamare, garde dans la réserve naturelle, a dû ramasser plus de 1 500 cadavres. « Je travaille depuis 12 ans sur la réserve et on n’avait jamais vu ça. C’était choquant pour nous de ramasser le cadavre d’oiseaux que l’on est censés protéger », témoigne-t-elle. Ce sont « a minima » 10 % des sternes caugeks présentes sur le territoire français qui ont perdu la vie en quelques semaines dans cette réserve, estime la garde-nature. Et le même scénario s’est reproduit dans quasiment toutes les colonies de sternes caugeks du nord de l’Europe, poursuit Marie Delamare. (...)
Cette espèce, tout comme des goélands, des fous de Bassan ou encore des mouettes et des grèbes, est touchée par une épidémie de grippe aviaire qui cible spécifiquement les oiseaux marins. Depuis le début du printemps, la maladie a fait des ravages dans les colonies présentes au Royaume-Uni, en Allemagne, au Danemark ou aux Pays-Bas.
En France, la situation épidémique est « exceptionnelle de par son ampleur et la période où les détections ont lieu », alerte le Bulletin hebdomadaire de veille sanitaire internationale en santé animale du 26 juillet. (...)
Une épidémie qui s’étend vers le sud (...)
Fin juillet, plusieurs cas de grippe aviaire ont ainsi été identifiés dans le département des Côtes-d’Armor, en Bretagne, et notamment dans la réserve naturelle des Sept-îles, où nichent de nombreux fous de Bassan, indiquait la Ligue de protection des oiseaux (LPO), le mercredi 27 juillet.
Au cours de la même semaine, des cas ont également été identifiés sur des oiseaux marins dans le Finistère, et plus au sud, dans le Morbihan, rapporte Anne Van De Wiele. S’il est trop tôt, explique-t-elle, pour communiquer un bilan, le nombre d’oiseaux morts en France se compte en milliers. Et l’hécatombe n’est pas terminée : « On a encore des phénomènes de mortalité massive en Allemagne, en Angleterre et en France », explique la vétérinaire, spécialisée en épidémiologie. (...)
La particularité de cette épidémie est la période à laquelle elle intervient. « La grande surprise que nous avons eue, c’est de ne pas la voir disparaître avec le printemps et les chaleurs », explique Anne Van De Wiele. (...)
Si elle espère que les oiseaux survivants seront immunisés contre le virus, Anne Van De Wiele souligne qu’il est « très difficile d’anticiper l’évolution de l’épidémie ». L’accélération des épisodes de grippe aviaire ne pousse guère à l’optimisme pour la faune sauvage sur le long-terme. (...)
La maladie vient s’ajouter aux difficultés auxquelles font face les oiseaux marins : « Tous ces oiseaux sont déjà affectés par les pertes de zones humides, mais aussi par le changement climatique et la baisse de la biodiversité dans les océans. Ils ont moins de nourriture », souligne Marie Delamare.
L’autre source d’inquiétude, pour les pouvoirs publics, concerne la contamination d’élevages de volailles par des oiseaux sauvages. La filière sort tout juste d’une épidémie catastrophique, qui a nécessité d’abattre 16 millions de volailles. (...)
Élevages sous surveillance (...)
À leur échelle, les promeneurs peuvent jouer un rôle pour limiter la propagation de l’épidémie. Si l’on trouve un oiseau marin mort, il ne faut surtout pas y toucher, et appeler la préfecture. S’il est malade, Anne Van De Wiele conseille de contacter un centre de soin pour la faune sauvage.