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La Croix
La difficile relève des marins en temps de confinement planétaire
Article mis en ligne le 6 mai 2020

Un, deux et parfois bien plus : de nombreux marins à travers le monde enchaînent les mois en mer sans pouvoir être relevés en raison des mesures de lutte contre la pandémie de coronavirus, une situation « pesante » à vivre pour certains.

« Physiquement, le travail est dur sur le long terme », assure le marin dans un échange téléphonique avec l’AFP depuis une plate-forme pétrolière au large de l’Afrique de l’Ouest.

Cela fait trois mois qu’il transporte des passagers, d’une plate-forme pétrolière vers le continent africain et vice-versa, sans savoir quand il pourra rentrer en France, où il aurait dû revenir début avril.

« Eloignement familial, fatigue cumulée, risque élevé de contracter la maladie, pas de date de retour... », énumère un autre marin de la société, lui aussi au large de l’Afrique, et qui devait rentrer fin mars.

Pour les deux marins, les consignes de distanciation physique sont « impossibles » à respecter. « Le productivisme prime sur la sécurité », regrette le second. (...)

« Actuellement, nous avons environ 350 marins coincés au large de l’Afrique, certains depuis fin décembre », témoigne un autre marin de Bourbon Offshore Surf, lui aussi sous couvert d’anonymat, expliquant avoir signé avec son entreprise une clause de confidentialité.

« La maladie est arrivée sur les champs de pétrole », s’inquiète-t-il, assurant que certains marins effectuent des évacuations de malades du nouveau coronavirus, une information confirmée par la direction du groupe, qui assure que sa priorité aujourd’hui « est la sécurité des équipes ». (...)

« Plusieurs milliers » de marins sont actuellement « bloqués » sur leur bateau sur toutes les mers du globe, affirme à l’AFP Laure Tallonneau, inspectrice de la Fédération internationale des transports (ITF).

Si certains marins-pêcheurs ont notamment pu être rapatriés récemment en France depuis le Royaume-Uni, cela reste « assez minoritaire », selon elle. (...)
« Les compagnies françaises mettent tout en oeuvre pour assurer les relèves dans les meilleurs conditions, mais sont souvent confrontées à des obstacles au niveau international liés à l’indisponibilité des vols, aux fermetures des frontières, à l’intransigeance de certaines autorités qui refusent les débarquements des marins dans leurs ports », résume l’organisation professionnelle Armateurs de France.

« Chez certains armements ça se passe très bien, mais chez d’autres c’est loin d’être le cas », note Pierrick Samson, secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats maritimes (FNSM) CGT.

« Des marins risquent de rester six mois voir plus à bord, certains vont péter un câble c’est sûr ! » prévient-il.