La corrida, illégale presque partout en France, perdure pourtant dans onze départements. Ses adeptes la défendent avec un acharnement extrême dont la pugnacité n’a d’égale que l’invalidité des arguments avancés. Tour d’horizon de la malhonnêteté intellectuelle du monde tauromachique.
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ARGUMENT N°1 |
"C’est une tradition."
En tout premier lieu, les personnes défendant la corrida évoquent le plus souvent le fait qu’il s’agit d’une pratique ancienne, qu’il faudrait conserver sous ce prétexte. Ce raisonnement constitue un argument d’historicité (également nommé appel à la tradition), et ne répond à aucune logique : l’ancienneté d’une pratique n’est pas un indicateur valide de la valeur morale de cette même pratique. (...)
ARGUMENT N°2 |
"Les anti-corrida feraient mieux de s’occuper des enfants qui meurent de faim."
Cet argument ne défend pas à proprement parler la corrida, mais cherche plutôt à décrédibiliser les personnes qui la dénoncent. Ici, il s’agit de la technique rhétorique dite du hareng fumé, qui consiste à détourner l’attention d’un sujet vers un autre. (...)
ARGUMENT N°3 |
"Sans la corrida, les taureaux de combat vont s’éteindre."
D’une part, cet argument repose sur l’idée que si les taureaux en question (race Toro bravo, créée par sélection génétique artificielle pour les combats) ne sont pas élevés spécifiquement pour être mis en spectacle dans les arènes lors des corridas, alors ils ne mériteraient pas d’être maintenus en vie. Raisonnement qui est donc un indicateur, de la part des aficionados, non pas d’une considération pour ces taureaux, mais pour l’usage qui en est fait et du profit qu’il est éventuellement possible d’en tirer. (...)
ARGUMENT N°4 |
"Les taureaux vivent dans des conditions de rêve avant de finir dans l’arène."
Cet argument est absurde car il expose qu’il peut être moralement acceptable de faire souffrir et/ou de tuer tous les individus ayant eu une vie jugée agréable. La conclusion tirée de ce raisonnement est tout bonnement sans lien avec ses prémisses.
ARGUMENT N°5 |
Les personnes opposées à la corrida font de l’anthropomorphisme."
Cet argument est souvent opposé aux personnes qui défendent les autres animaux ; pas seulement vis-à-vis de la corrida. Il constitue un procès d’intention : les personnes opposées à la corrida ne défendent pas les taureaux parce qu’elles leur attribuent des qualités humaines, mais au contraire par reconnaissance de leurs qualités propres en tant que mammifères herbivores aptes à éprouver la douleur, la peur et d’autres émotions désagréables.
Il est par ailleurs curieux que les aficionados utilisent cet argument tout en attribuant aux taureaux des qualités telles que la noblesse (l’une des caractéristiques du taureau dit "boyante"), la bravoure, le courage ou encore l’héroïsme. (...)
ARGUMENT N°6 |
Chez le Toro bravo, l’agressivité est naturelle"
Cet argument sous-entend que faire souffrir et mettre à mort un taureau dans l’arène, c’est lui rendre service et lui faire honneur en répondant à sa nature et à ses impératifs biologiques. Cet argument est invalide car il justifie que l’on puisse nuire et/ou mettre à mort à un individu dont on estime qu’il est naturellement agressif. (...)
ARGUMENT N°7 |
"De grands hommes étaient amateurs de corrida : Picasso, Hemingway..."
Cet argument est un sophisme par association qui consiste à dire que, parce qu’une figure reconnue dans un certain domaine appréciait une pratique, alors cette pratique en devient soutenable. (...)
ARGUMENT N°8 |
"La corrida n’a pas pour but de faire souffrir le taureau."
Le problème avec cet argument, que l’on retrouve parfois sous la forme de "le public ne se rend pas aux spectacles tauromachiques pour voir souffrir le taureau", est qu’il expose que la valeur d’un acte ou d’une pratique est susceptible de se mesurer en fonction des intentions des personnes qui le commettent. Or, ce n’est pas le cas : les meilleurs intentions du monde peuvent produire des résultats désastreux. (...)
ARGUMENT N°9 |
"La corrida est critiquée par des personnes qui refusent la mort / vivent dans un monde urbain édulcoré."
Cet argument sous-entend que la corrida aurait pour mission de ne pas faire oublier aux êtres humains leur statut d’êtres mortels ; de leur rappeler que la mort fait partie de la vie et qu’il faut l’accepter. Plusieurs aficionados prétendent même que la corrida est une excellente occasion de parler de la mort avec ses enfants.
Cet argument est irrecevable : faire subir des sévices ou mettre à mort publiquement un individu sous prétexte d’éduquer d’autres individus sur ce qu’est la mort ou la vie, est injuste. (...)
ARGUMENT N°10 |
"Le Toro est honoré, même après sa mort"
Promouvoir la pratique de la corrida sous cet angle peut paraître plus absurde encore que les tentatives de justification vues précédemment. Pourtant, nombreux·ses sont les aficionados qui s’y risquent. Tombant (à nouveau) dans l’anthropomorphisme qu’elles et ils dénoncent maladroitement par ailleurs, les adeptes de la corrida affirment sans embarras que la corrida fait honneur au taureau et rend hommage à sa bravoure notamment par les applaudissements accompagnant généralement sa dépouille à la sortie de l’arène. (...)
EN CONCLUSION
À la lumière de cette analyse portée par les outils de l’esprit critique, il apparaît que la corrida ne peut être défendue et se maintenir qu’au prix de contorsions intellectuelles aussi grossières qu’irrationnelles. (...)