Canicules, sécheresses, orages... La rapidité du réchauffement climatique en Europe de l’Ouest oblige les scientifiques à adapter leurs modèles.
Depuis deux ans, notre monde bascule visiblement dans le changement climatique, à coup de vagues de chaleur, de sécheresses ou encore d’orages violents. Et si les scientifiques du climat ne sont pas surpris par cette accélération qui correspond à leurs prévisions, de nouveaux résultats, publiés dans le dernier rapport du Giec en août 2021, prennent mieux en compte les observations récentes.
« Dans certaines régions du monde, le réchauffement est plus fort que ce que nous disaient les modèles. En Europe de l’Ouest, en Arctique et Antarctique ou encore en Australie. Des observations qui obligent aujourd’hui les climatologues à revoir leurs modèles climatiques », dit à Reporterre Davide Faranda, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE). (...)
les résultats sont frappants : le réchauffement climatique au cours du XXIᵉ siècle en France pourrait être 50 % plus intense que ce que l’on pensait. Les chercheurs montrent que l’Hexagone s’est réchauffé de 1,7 °C depuis le début du siècle, contre 1,2 °C en moyenne au niveau global. (...)
Si les nouveaux résultats sont plus cohérents avec la réalité, l’enjeu pour les scientifiques reste de mieux comprendre pourquoi les modèles sous-estiment l’augmentation des températures à l’échelle régionale dans certaines parties du monde. Une gageure tant les mécanismes climatiques et météorologiques sont complexes. (...)
« La science avance sur la connaissance des impacts des vagues de chaleur sur l’océan. Des résultats récents montrent que le réchauffement, bien connu en surface, s’étend aussi à des dizaines de mètres en profondeur. Nous comprenons aussi mieux les effets de ces canicules marines sur la baisse d’oxygène dans l’eau de mer et sur la modification des courants », résume Laurent Bopp, chercheur au Laboratoire de météorologie dynamique.
L’ampleur de la canicule méditerranéenne éclaire aussi les chercheurs sur les dégâts touchant les écosystèmes, alors que « les premiers effets sont déjà constatés : une forte mortalité des coraux, des algues et des éponges », selon Wolfgang Cramer. (...)
Du côté des émissions, les connaissances sur les sources de méthane s’affinent. (...)
« Grâce aux images satellites, on est capable de voir de nouvelles sources. On a ainsi identifié un superémetteur de méthane, les accidents des sites gaziers et pétroliers », dit ce spécialiste des émissions, un des auteurs de l’étude publiée en février 2022 (...)
Le chercheur pointe également les nombreuses publications sur les tourbières, ces puits de carbone qui stockent près de 500 milliards de tonnes de CO₂, « soit 50 ans d’émissions au rythme actuel ». Une bombe si elles étaient dégradées, notamment pour la mise en culture. Le drainage, en exposant la terre des tourbières directement à l’oxygène de l’air, entraîne une dégradation rapide de la matière organique qui libère le carbone. « Un phénomène qui peut suffire à changer le bilan GES [gaz à effet de serre] d’une région », conclut l’expert. (...)
Le chercheur pointe également les nombreuses publications sur les tourbières, ces puits de carbone qui stockent près de 500 milliards de tonnes de CO₂, « soit 50 ans d’émissions au rythme actuel ». Une bombe si elles étaient dégradées, notamment pour la mise en culture. Le drainage, en exposant la terre des tourbières directement à l’oxygène de l’air, entraîne une dégradation rapide de la matière organique qui libère le carbone. « Un phénomène qui peut suffire à changer le bilan GES [gaz à effet de serre] d’une région », conclut l’expert. (...)
Quant à l’observation de notre vulnérabilité à un réchauffement global de 1,2 °C, elle en dit long sur ce qui nous attend.