L’obligation vaccinale et les sanctions prévues pour les personnels de santé non vaccinés à partir du 15 octobre divisent le monde des soignants. CGT Santé et Sud Santé ont appelé à une grève illimitée.
Les personnels de santé attendaient avec appréhension la décision du Conseil constitutionnel – l’institution chargée de vérifier si certaines lois sont bien conformes à la Constitution – concernant la loi relative à la gestion de la crise sanitaire. Leur crainte ? Que les Sages – les membres qui composent le conseil – valident la vaccination obligatoire des soignants inscrite dans le texte.
C’est donc déçus qu’ils ont appris, jeudi 5 août, que dans un « objectif de valeur constitutionnelle de protection de la santé » le conseil des Sages avait approuvé pour l’essentiel la loi relative à la gestion de la crise sanitaire et par la même occasion l’obligation vaccinale des personnels de santé, comme elle existe en Italie. Une mesure que préconisait déjà le conseil scientifique dans son dernier rapport dévoilé début juillet.
Farid, aide-soignant dans un hôpital parisien, parle ouvertement de trahison. « Il y a un an et demi, au début de la crise sanitaire, les gens applaudissaient les soignants de leurs fenêtres tous les jours à 20 heures. Le gouvernement faisait de nous des héros, tance le jeune homme de 23 ans, non vacciné. Aujourd’hui, il nous méprise et nous prive de notre libre-arbitre. Ils nous ont trahis. »
Méfiance envers le vaccin, incohérence des discours gouvernementaux, défiance envers l’État, les causes de la non-vaccination des soignants – comme dans le reste de la population française – sont multiples. Ce qui dérange surtout, c’est bien cette obligation à marche forcée qui divise jusque dans le monde syndical. (...)
Les personnels de la santé sont appelés à faire grève depuis lundi 9 août par la CGT. « Nous déposons un préavis de grève illimitée [...] et appelons les syndicats CGT à s’organiser et à se mobiliser sur leurs territoires », a indiqué la fédération dans un communiqué invitant « toutes les organisations syndicales à l’unité la plus large possible ». Ils seront rejoints mercredi 11 août par le syndicat Sud. Tous deux réclament l’abrogation de l’obligation vaccinale, du passe sanitaire dans les établissements de santé ainsi que plus de moyens pour les hôpitaux. (...)
le ministre de la Santé Olivier Véran, alors en déplacement au centre hospitalier d’Aix-en-Provence jeudi, a réagi à cet appel à la grève nationale des personnels soignants. « Vient un temps où ces personnes n’auront plus le loisir de faire grève puisque par définition cette obligation vaccinale s’appliquera », a-t-il déclaré face à la presse. Des propos décriés dimanche par les syndicats CGT, FO et Sud, qui y voient une « une mise en cause du droit de grève ». Des mots d’autant plus malvenus alors que les personnels sont épuisés après dix-huit mois de lutte acharnée contre le virus.
Dans un communiqué, signé de son secrétaire général Yves Veyrier, la confédération FO répond au ministre. Il rappelle que le droit de grève est « un droit constitutionnel attaché à la liberté syndicale et à la démocratie » et exhorte le gouvernement à « retirer sans délai » ces propos. Reste que, dans les faits, les soignants doivent effectivement se faire vacciner.
Jusqu’au 15 septembre, les professionnels de santé dont le schéma vaccinal est incomplet ont la possibilité de présenter un certificat de rétablissement, un test négatif ou un certificat médical de contre-indication. À partir du 15 septembre et jusqu’au 15 octobre, ils devront justifier de l’administration d’au moins une dose de vaccin et présenter le résultat d’un test négatif. Après le 15 octobre, ils devront être totalement vaccinés.
Ce qui pose problème, c’est de rendre la vaccination obligatoire en utilisant une pression financière.
Philippe Crépel, responsable CGT de la santé et de l’action sociale
Sont concernés les personnels soignants et non soignants exerçant dans les hôpitaux, les cliniques, les Ehpad, les services de santé au travail ou scolaire, les ambulanciers, les pompiers... La Police n’est, en revanche, pas soumise aux mêmes contraintes.