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Reporterre
L’obésité, une maladie environnementale non reconnue de plus en plus répandue
Article mis en ligne le 30 juin 2021

8,5 millions de personnes souffrent d’obésité en France, révèlent les chiffres dévoilés ce mercredi 30 juin par la Ligue contre l’obésité. La prévalence de cette épidémie dont la cause est aussi environnementale a doublé en 23 ans. Pourtant, l’État et la majorité du personnel médical limitent encore leur action à des messages nutritionnels.

C’est une maladie chronique, parfois mortelle, qui touche une partie grandissante de la population : l’obésité. Elle tuerait chaque année en France 180 000 personnes, plus encore que le cancer, d’après la Ligue contre l’obésité. Elle affecte 8,5 millions de personnes, soit 17 % de la population française, révèlent les chiffres inédits publiés ce mercredi 30 juin par l’association. 30 % des Français sont également en surpoids. Ainsi, en 2020, près de la moitié de la population française (47,3 % exactement) était en situation de surpoids ou d’obésité, indiquent les derniers résultats de l’enquête de référence sur le sujet, baptisée Obépi.

Depuis les premiers chiffres, qui datent de 1997, la prévalence de l’obésité a ainsi doublé. (...)

c’est chez les plus jeunes qu’elle progresse le plus vite : sur la période, elle a plus que quadruplé chez les 18-24 ans (...)

Les chiffres de l’obésité infantile sont également publiés pour la première fois. Et ils sont étonnants voire inquiétants : 18 % des enfants de 2 à 7 ans et 6 % de ceux de 8 à 17 ans seraient en situation d’obésité. Mais l’association reste prudente, soulignant que les outils utilisés sont potentiellement mal adaptés aux plus jeunes.

Enfin, l’étude souligne le poids de l’origine sociale, quel que soit l’âge. (...)

La sédentarité et la malbouffe n’expliquent pas tout

Les causes ? Celles classiquement évoquées sont la sédentarité — on passe de plus en plus de temps devant nos écrans —, et la malbouffe — on mange davantage, plus gras et plus sucré. De nombreux gènes ont également été identifiés par les scientifiques, confirmant que tout le monde n’a pas le même risque de se retrouver en situation d’obésité. Il y a des prédispositions.

Mais cela ne suffit plus à expliquer l’ampleur de cette pandémie qui, bien avant le Covid, s’est elle aussi propagée partout dans le monde. « On constate désormais quelque chose que l’on n’observait pas du tout il y a vingt ou trente ans, c’est l’obésité chez des enfants de moins de cinq ans », dit le docteur Patrick Fénichel, gynécologue et endocrinologue spécialiste des perturbateurs endocriniens. « À cet âge-là, on ne peut pas dire qu’ils ne se dépensent pas. Forcément, des facteurs environnementaux sont aussi en cause. »

La liste, dressée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ou la Ligue contre l’obésité, est très longue. Le stress, la perturbation de l’horloge biologique (troubles du sommeil, travail de nuit), certains médicaments ou virus, un accident de vie (décès, divorce, violences sexuelles), les régimes à répétition, etc, interviennent. Le microbiote intestinal — les micro-organismes qui vivent dans notre système digestif — joue un rôle.
Le rôle sous-estimé des perturbateurs endocriniens

Ainsi que toutes sortes de polluants. (...)

Certains polluants organiques persistants, comme les pesticides de la classe des organochlorés ou les dioxines se retrouvent stockés dans la graisse. « Ils modifient la biologie des tissus graisseux et les rendent plus inflammatoires, explique le professeur Karine Clément, doctoresse en nutrition à la Pitié-Salpêtrière, et directrice d’une unité de recherche spécialisée sur les dérèglements métaboliques de l’obésité. Ces phénomènes deviennent chroniques au cours du temps. » À l’inverse, une étude épidémiologique a permis de constater que les personnes mangeant bio — donc moins exposées aux pesticides — présentaient moins de risque d’obésité ou de surpoids.

Pas une question de régime (...)

« L’obésité est un symptôme de la dégradation socio-économique et écologique. » (...)

Les spécialistes n’hésitent pas à parler de maladie environnementale, sociétale, civilisationnelle même. La crise du Covid-19 a été une sévère piqûre de rappel de l’urgence à agir. (...)

Une maladie toujours pas reconnue comme affection longue durée

« On a espéré que cela permettrait une prise de conscience, et contribuerait à faire reconnaître l’obésité comme maladie, mais cela n’a pas été le cas », déplore Karine Clément. Car si l’obésité est reconnue comme maladie chronique par l’OMS depuis 1997, soit depuis 24 ans, en France, elle ne l’est toujours pas. (...)

Des soignants encore loin du compte

La majorité des soignants — sans parler de la population générale — voient encore l’obésité comme un état résultant de la faute du patient. (...)

« Ils abordent l’obésité par la restriction alimentaire et l’activité physique. Mais si la cause est une apnée du sommeil, elle ne sera pas identifiée ni traitée. »

Mme Fabre en a fait les frais, notamment lors de son passage à Marseille. « Comme je ne maigrissais pas, ils ont fouillé mes placards, sous entendu que je mangeais en cachette. Puis ils m’ont dit : "Dans les camps de concentration, il n’y avait pas de gros." Vous imaginez la violence de ces propos ? » Après cet épisode, elle n’a plus voulu voir de médecin pendant plusieurs années. Elle a depuis trouvé des médecins mieux informés, et créé une association de patients, nommée Histoire de poids 13680. « Désormais, quand on me dit cela, je réponds : "Ben oui, c’étaient les premiers que l’on envoyait au four." Ça leur cloue le bec. C’est dangereux de se mettre dans la tête qu’une partie de la population est comme elle est parce qu’elle ne fait pas ce qu’il faut. » (...)

L’obésité ne relève que du Plan national nutrition santé (PNNS). « Mangez, bougez », ne cesse-t-il de nous répéter. « Cela laisse croire au grand public et aux patients que si notre comportement s’améliore, on ne sera plus malade. C’est une ineptie totale, l’obésité a des causes multiples », dénonce Agnès Maurin. (...)

En revanche, pas un mot sur l’obésité dans le Plan national de santé environnementale, malgré la responsabilité documentée des polluants et autres facteurs environnementaux dans le développement de l’obésité. Comme l’a montré Reporterre, cette maladie fait les frais, comme beaucoup d’autres affections chroniques, d’un manque cruel d’investissement des politiques publiques dans la prévention, qui ne représente que 1 % du budget total de la santé. (...)

« Parmi les millions de personnes qui souffrent d’obésité en France, très peu sont prises en charge. »

En attendant, le résultat de ces préjugés et politiques est que l’épidémie d’obésité progresse, tout en étant mal soignée.