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"L’été, ici, c’est de pire en pire" : dans une cité HLM de Bordeaux, les habitants accablés par des températures invivables
Article mis en ligne le 16 août 2022

Dans le quartier de Bacalan, les résidents de la cité du Port de la Lune ont vécu de plein fouet les vagues de chaleur de l’été 2022. La conception des bâtiments et le manque d’espaces verts sont pointés du doigt par les habitants.

(...) "Pour trouver un peu de fraîcheur, pas de secret : il faut se lever tôt." Voilà la devise de Samir, habitant de la cité du Port de la Lune, dans le nord de Bordeaux. Assis dans sa voiture, portes grandes ouvertes, il profite d’un filet de vent avant d’aller au travail. A 7 heures du matin, son tableau de bord affiche déjà 23°C à l’ombre. En ce mercredi 10 août, le mercure doit grimper jusqu’à 40°C. "Insupportable", réagit Samir, qui avoue "fuir la cité" lorsqu’il fait trop chaud. "Chez moi, l’air ne circule pas, c’est comme un four, une rôtisserie même !" souffle le technicien automobile, avec un sourire qui tire vers la grimace. (...)

Pas moins de sept barres d’immeubles composent cette résidence construite en 1977 dans le quartier de Bacalan, bordé à l’est par la Garonne et ses flots couleur caramel. En arrière-plan, la rocade et le gigantesque pont d’Aquitaine donnent des airs new-yorkais à cet ensemble modeste, dont les bâtiments comptent entre sept et neuf étages. Et du premier au dernier, la chaleur squatte toutes les conversations.
"La température ne baisse que vers 3 heures du matin" (...)

"Ça m’arrive de prendre le tram jusqu’au terminus ou de traîner au magasin Lidl juste pour être au frais."
Christine, résidente du Port de la Lune, à franceinfo (...)

"On habite dans une boîte de béton, s’insurge-t-il, ils ne refont qu’en surface, et les problèmes restent." Le père de famille a observé une recrudescence des moisissures et des nuisibles depuis le début de l’été, sans parler des conséquences de la chaleur sur le sommeil. "La température ne baisse que vers 3 heures du matin, et à 6 heures, ça repart déjà", explique-t-il. Alors pour se rafraîchir, lui, sa femme et son fils, "c’est trois petites douches par jour et la piscine municipale, quand on peut y aller".
Un été "plus difficile que les autres"

Six étages plus haut, en plein après-midi, l’appartement de Karine est une étuve. "Je n’ai pas de thermomètre, je ne préfère pas savoir. Mais on dépasse facilement 30°C", assure cette assistante en ressources humaines, qui vit seule avec sa fille adolescente. Pour discuter, Karine préfère s’installer au rez-de-chaussée, dans le hall d’entrée. "Il fait déjà plus frais, c’est beaucoup mieux", se justifie-t-elle. Locataire de la cité depuis treize ans, elle trouve cet été "bien plus difficile que les autres".

"Depuis juillet, on vit dans le noir et toujours en sous-vêtements. L’après-midi, on rattrape le sommeil que l’on n’a pas eu la nuit." (...)

Pour les espaces verts, cela relève de la municipalité. Mais pour le reste, c’est au bailleur social que Karine voudrait s’adresser. "Des travaux d’isolation ont été réalisés il y a quelques années, mais c’est surtout pour nous protéger du froid, explique-t-elle. Peut-on faire quelque chose pour l’été ?" Contacté par franceinfo, Mésolia, le bailleur en charge de la cité du Port de la Lune, répond que "des réflexions sont en cours" sur la réhabilitation des immeubles, même si "aucun aménagement n’est prévu pour cette cité". "Dans les logements qui ne sont pas traversants, c’est très difficile d’améliorer les choses, souligne l’organisme. Les immeubles sont blancs, c’est déjà ça (...), mais on étudie la création d’îlots de fraîcheur, la pose de volets ou de rideaux." (...)

En l’absence d’amélioration, Karine se pose la question du départ. "Ce n’est pas seulement à cause de la chaleur, même si ça joue, tempère-t-elle. On voudrait bouger, mais pour aller où ? Dans les logements sociaux, c’est souvent la même chose, et ça pourrait même être pire !" Pour adapter ces logements aux nouvelles conditions climatiques, l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) compte débourser près de 10 milliards d’euros dans le cadre d’un vaste plan national. Mais de l’aveu même de l’agence, la destruction d’un immeuble des années 1960 pour faire place à un nouvel édifice apporte plus de gains énergétiques que sa réhabilitation – un constat qui en dit long sur les performances de nombreux HLM en France.
Vagues de chaleur et de solidarité

Pour les résidents du Port de la Lune, la hausse du mercure est en tout cas synonyme de vigilance et d’entraide. (...)