Si rien n’est fait, "cet endroit deviendra un nouveau Tchernobyl" et "il faudra partir" : Agim Ibrahimi vit à Obiliq, dans la banlieue de Pristina, dont les deux centrales à charbon fournissent l’électricité du Kosovo.
Cet ouvrier de 46 ans est l’une des ombres qui, le visage souvent couvert d’une écharpe, émergent de la purée de pois absorbant cette petite ville les matins d’hiver.
Peu importe le vent, l’odeur âcre du charbon imprègne Obiliq, dont plus de 4.000 des 30.000 habitants vivent coincés entre les centrales Kosovo A et Kosovo B, qui empruntent pour la première à la technologie soviétique, pour la seconde à celle de la RDA d’antan. (...)
Les habitants de Pristina, dont beaucoup sortent de chez eux équipés d’un masque, disent ressentir constamment la pollution. "Respirer nuit gravement à la santé", lisait-on lors d’une manifestation récente.
"Nous n’avons pas de capacité hydroélectrique", "pas de gaz, nous ne pouvons pas bâtir de centrale nucléaire, mais nous avons du charbon", résume le ministre du Développement économique Valdrin Lluka.
Il insiste sur l’importance de l’autonomie énergétique de son pays, un des plus pauvres d’Europe, qui fête le 17 février ses dix ans d’indépendance de la Serbie.
La société nationale d’électricité, KEK, possède 72% des sols à Obiliq et emploie 4.700 personnes dans les centrales ou ses mines. (...)
La pollution atmosphérique serait, selon la Banque mondiale, à l’origine de "852 morts prématurées, 318 nouveaux cas de bronchites chroniques, 605 hospitalisations et 11.900 visites aux urgences" au Kosovo.
"Les conditions environnementales peuvent être extrêmes dans des zones d’habitation proches des principales sources de contamination", renchérissait en 2015 l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) dans une étude sur le secteur d’Obiliq. (...)
"Nous ne manquons pas de conscience environnementale mais nous ne sommes pas au niveau de l’Europe occidentale en terme de capacités", dit Edmond Nulleshi, le dirigeant de KEK.
Pour réhabiliter la centrale Kosovo B, il faudrait selon lui 300 millions d’euros. Il espère "l’aide des donateurs internationaux."