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Marie-Claude Saliceti
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Justin Trudeau, le dirigeant canadien, promet l’écologie... en soutenant à fond l’industrie pétrolière
Article mis en ligne le 19 septembre 2021
dernière modification le 18 septembre 2021

Le Premier ministre libéral canadien Justin Trudeau espère être reconduit à l’issue des élections du 20 septembre, et promet des gestes pour le climat. Durant ses six années de mandat, il s’est pourtant distingué par un soutien sans faille à l’industrie pétrolière.

« Le problème principal du gouvernement Trudeau, c’est d’avoir été trop conciliant envers le lobby pétrolier et gazier, voire tout à fait influencé par lui », résume Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada. Que le règne du Premier ministre Justin Trudeau prenne ou non fin lors des élections fédérales canadiennes du 20 septembre, l’oléoduc Trans Mountain en restera assurément un symbole. (...)

Les conséquences du projet Trans Mountain seront majeures : il permettra à l’industrie des sables bitumineux de continuer à prospérer — et donc à polluer. Mercredi 8 septembre, une étude publiée dans la revue Nature estimait que le Canada devait renoncer à exploiter 84 % du pétrole contenu dans ses sables bitumineux pour se donner 50 % de chances de respecter la cible de l’Accord de Paris — soit une hausse de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Cela n’arrivera pas.

Justin Trudeau se défend en disant que « le gouvernement investira chaque dollar généré par ce projet dans la transition écologique du Canada ». Un argument maintes fois répété depuis son arrivée au pouvoir en 2015 : il faut d’abord polluer pour générer des revenus, afin de financer l’avènement d’un Canada plus vert. Le résultat, après six ans au pouvoir du Parti libéral ? Le Canada est le seul pays du G7 à avoir augmenté ses émissions de gaz à effet de serre depuis l’Accord de Paris. C’est aujourd’hui le septième pays du monde en matière d’émissions de CO2 par habitant (15,5 tonnes par an). Seuls des petits pays comme le Qatar, le Koweït ou Brunei font pire. (...)

Trans Mountain est loin d’être le seul cadeau fait par le gouvernement libéral au secteur des hydrocarbures. Au début de l’année, il a autorisé quarante forages exploratoires dans une zone maritime à haute importance écologique et biologique au large de Terre-Neuve. Six mois plus tôt, il avait annoncé l’abolition du processus d’évaluation environnementale pour les forages pétroliers dans ce secteur. (...)

Le bilan écologique de Justin Trudeau est par ailleurs en contradiction avec les objectifs que l’élu lui-même s’est fixés dans la lutte contre les changements climatiques. Il entend réduire les émissions nationales de gaz à effet de serre (GES) de 40 à 45 % par rapport au niveau de 2005 d’ici 2030, et faire du Canada un pays carboneutre en 2050. (...)

Steven Guilbeault, la « peinture verte »

À la déception des écologistes s’ajoute le sentiment d’avoir été trahi par un homme : Steven Guilbeault. En 2001, alors qu’il travaillait pour Greenpeace, ce militant québécois avait escaladé la tour du CN, emblème de Toronto haut de 550 mètres, pour y déployer une banderole. « Canada and Bush : Climate killers », pouvait-on y lire. (...)

Devenu plus modéré au fil des ans, Steven Guilbeault a ensuite dirigé l’ONG québécoise Équiterre avant de rejoindre, en 2019, le Parti libéral du Canada, un an à peine après l’achat du pipeline Trans Mountain. Justin Trudeau tenait son Nicolas Hulot, à la différence que le « sien » n’a jamais fait de vagues [2] — Steven Guilbeault juge d’ailleurs le bilan environnemental du gouvernement canadien « vraiment impressionnant ».

La situation a rapidement viré au loufoque : plutôt que ministre de l’Environnement, celui-ci a été nommé par Justin Trudeau… ministre de la Culture. Depuis, l’ex-activiste travaille à une loi pour réguler les discours haineux sur les réseaux sociaux tout en continuant à s’intéresser aux dossiers environnementaux. (...)