Les débats autour de la participation des lycéens et des étudiants à la mobilisation contre la réforme des retraites offrent un triste résumé de tous les poncifs qui s’accumulent à l’encontre de la jeunesse. Premier poncif, les jeunes seraient évidemment manipulés, par les syndicats et les partis politiques de gauche, mais pire encore, ils seraient « conditionnés », « endoctrinés » dès leur plus jeune âge, par des enseignants gauchistes leur insufflant le poison de la contestation : faut-il avoir quitté les bancs de l’école ou des amphithéâtres depuis longtemps pour oser proférer de telles inepties…Second poncif, la jeunesse des années 2000 serait d’une tristesse et d’un conformisme accablants, toute occupée à compter ses futurs trimestres de cotisation, à l’opposé des générations précédentes, généreuses, ouvertes sur un monde qu’elles rêvaient de changer. Est-ce si difficile de comprendre que la question des retraites ne se posait pas pour les générations nées après la guerre, tout simplement parce qu’elles étaient assurées d’en bénéficier ?
On en arrive au troisième poncif : mais pourquoi diable ces jeunes manifestent-ils contre une réforme qui sauve le système par répartition et qui précisément vise à leur garantir une retraite décente ? Pour le coup, il n’est pas nécessaire d’être jeune, mais seulement de savoir lire (par exemple le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites), pour comprendre que l’équilibre financier du système de retraite n’est absolument pas assuré par les seules mesures d’âge.
En réalité, tant que l’on en reste aux poncifs, le vrai débat, celui de l’insertion professionnelle et de l’emploi des jeunes, est occulté. Si les jeunes sont dans la rue aujourd’hui, c’est bien parce que leur situation sur le marché du travail est terriblement dégradée. (...)
Une partie de la France a vraiment un problème avec sa jeunesse. Cette dernière est soit caricaturée comme une génération de bons à rien, vautrée sur des canapés à jouer à la console ou perdant ses journées à raconter sa vie sur les réseaux sociaux, soit dépeinte comme triste à pleurer à défendre son droit à la retraite, manipulée par des vieux marxistes malintentionnés.
Pour certains, décidément, un bon jeune, c’est un jeune qui chôme, et en silence.