Essuyant une pluie de critiques, Recep Tayyip Erdogan a tenté de minimiser l’ampleur des incendies qui ont endeuillé la Turquie cette semaine. Il s’en est pris aux médias et au hashtag #HelpTurkey sur les réseaux sociaux.
Alors que la Turquie vient de vivre l’un des pires épisodes d’incendies de son histoire récente, depuis quelques jours la télévision turque ne montre pratiquement aucune image de ces feux qui ont tué huit personnes et détruit de vastes zones forestières le long des côtes méditerranéennes depuis leur déclenchement le 28 juillet.
Sur les réseaux sociaux, des Turcs traumatisés par l’ampleur des flammes ont multiplié les tweets sous le hashtag #HelpTurkey pour demander une aide urgente. Des messages qualifiés par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, de "terreur par le mensonge propagée depuis l’Amérique, l’Europe et certains autres endroits". "En réponse à cela, il n’y a qu’une chose à dire : Strong Turkey", s’est emporté le chef d’État.
Quelques jours auparavant, une mise en garde du Haut Conseil turc de l’audiovisuel, qui régule les médias dans le pays, a menacé d’infliger une amende aux chaînes de télévision ayant diffusé des informations sur les incendies pouvant "provoquer la peur et l’inquiétude" au sein de la population. Sitôt dit, la plupart des chaînes se sont pliées à l’ordre, réduisant leur couverture.
Selon des données officielles pourtant, l’événement est majeur. En une semaine, plus de 180 brasiers ont ravagé des forêts entières et des terres agricoles, ainsi que des zones habitées, principalement situées sur les côtes méditerranéennes, portant la surface partie en fumée en 2021 à 95 000 hectares, un record. Jamais la Turquie n’avait autant brûlé en dix ans. (...)
Dès les premiers jours, des chroniqueurs sur les médias pro-gouvernementaux ont tenté de faire porter le chapeau au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), accusant des membres de cette organisation, considérée comme terroriste par la Turquie et ses alliés occidentaux, d’avoir joué les pyromanes. Mais les autorités ont fini par expliquer la vague de chaleur extrême qui frappe le sud de la Turquie comme la cause principale de ces incendies.
Aucun Canadair turc pour lutter contre les flammes (...)
Dès les premiers jours, des chroniqueurs sur les médias pro-gouvernementaux ont tenté de faire porter le chapeau au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), accusant des membres de cette organisation, considérée comme terroriste par la Turquie et ses alliés occidentaux, d’avoir joué les pyromanes. Mais les autorités ont fini par expliquer la vague de chaleur extrême qui frappe le sud de la Turquie comme la cause principale de ces incendies.
Aucun Canadair turc pour lutter contre les flammes (...)
Le principal parti d’opposition, le CHP (Parti républicain du peuple, social-démocrate), a immédiatement reproché au président turc d’avoir démantelé l’infrastructure d’une organisation semi-publique qui détenait des avions bombardiers d’eau.
En outre, malgré l’urgence, le chef d’État a rejeté plusieurs offres d’assistance extérieures, dont celle de la Grèce, un rival régional lui aussi soumis aux incendies.
Devant l’ampleur des dégâts, il a fini par accepter une aide de l’Union européenne six jours plus tard. (...)
Une guerre de communication sur les réseaux sociaux
Au cœur de la crise, l’action de Recep Tayyip Erdogan est soudain apparue déconnectée des réalités. Son déplacement dans les régions touchées par les incendies, dans un car sous forte escorte policière, équipé de mégaphones, à partir duquel il a été filmé jetant des sacs de thé aux habitants en pleine nuit, a créé la polémique sur les réseaux sociaux.
Twitter a explosé d’indignation face à ces scènes de lancers de thé. "Aidez-nous !!!!!" a tweeté le comédien turc Enis Arikan quelques heures après la visite d’Erdogan, avec le hashtag #HelpTurkey. "Nous avons besoin d’avions de toute urgence", a-t-il imploré