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« IA » contre « IB » : la guerre des intelligences aura‑t‑elle lieu ?
Arrêtons d’imaginer et de craindre un conflit meurtrier entre les deux.
Article mis en ligne le 10 septembre 2019
dernière modification le 9 septembre 2019

L’intelligence artificielle (IA) accomplit des progrès fulgurants. Elle change en profondeur le monde de la justice, avec l’émergence d’une « justice prédictive ». Les robots chirurgicaux font des prodiges, qui pourraient conduire à des ruptures majeures dans les techniques médicales. L’IA serait-elle sur le point de surpasser l’intelligence humaine ou biologique (IB) ?

C’est la thèse que défendait, dès 2017, le Dr Laurent Alexandre dans son ouvrage La guerre des intelligences, à qui son succès vient de valoir une nouvelle édition en livre de poche. (...)

opportunité de réfléchir, à travers la question de l’intelligence, à la spécificité et à l’avenir de l’humanité. Celle-ci est-elle à un tournant décisif qui pourrait la voir disparaître ? (...)

Mais pourquoi imaginer et craindre un conflit, qui plus est meurtrier ? IA et IB sont-elles concurrentes, et ont-elles des intérêts contraires ? L’IA ne pourrait avoir la velléité d’entrer en guerre contre l’IB que si deux conditions sont remplies : qu’elle se révèle plus performante que l’IB et qu’elle ait conscience de sa supériorité. Autrement dit : qu’elle soit dotée d’un pouvoir de décision, qui serait la marque d’une réelle autonomie, et d’une véritable conscience.

La première condition paraît remplie. « Le tsunami de l’IA » va déjà « trop vite et trop haut », estime Laurent Alexandre. « Le neurone perd chaque jour plus de points devant le transistor. » Dans la course à la productivité et à l’efficacité, « la rapidité et l’infaillibilité d’exécution des machines intelligentes » sont de nature à rendre « absolument non compétitif le travail humain ». Le combat est ici inégal. L’IA « galope », tandis que l’IB piétine, dans l’attente d’une hypothétique mutation génétique. Une diligence ne peut lutter contre le TGV. (...)

Si l’intelligence biologique est limitée et faillible, du moins s’accompagne-t-elle de cette conscience de soi et de cette capacité de réflexion critique, que l’on ne pourrait attribuer à l’IA que par un tour de magie, semblable à celui qui fait du pantin Pinocchio un véritable être humain.

La croyance en un possible « basculement dans un monde où les robots seraient aussi intelligents que l’homme » témoigne d’une conception réductrice de l’intelligence, limitée à la « puissance de calcul » ; et manifeste une crédulité enfantine devant une fable digne de Carlo Collodi. Comment croire sérieusement que l’IB puisse être le Geppetto donnant naissance à une IA dotée de « volonté libre » et de « conscience artificielle » ? (...)

Il n’empêche que le développement « galopant » de l’IA pose question. Sans aller jusqu’à penser que, trop faibles devant les machines, nous allons devenir leurs esclaves, voire être exterminé·es par elles, nous devons reconnaître que la perspective d’une automatisation croissante de tâches humaines de plus en plus complexes, et d’une prise en charge, envahissante, d’activités cognitives de haut niveau par des algorithmes, nous conduit au-devant d’une triple crise : sociale, éthique et existentielle. (...)

Si même les médecins sont menacé·es de disparition, que reste-t-il pour le travail humain ? Si l’intégrité de notre cerveau est en danger, comment protéger notre liberté de penser ? Si l’IA nous défie dans ce que nous sommes en tant qu’êtres humains, comment préserver notre humanité ?

Mais tel est alors sans doute, précisément, le véritable enjeu. L’IA nous met au défi de faire nos preuves en humanité ! Où est l’essentiel, qu’il nous faudrait préserver de toutes nos forces ? À travers la question de l’intelligence, c’est bien celle de la spécificité humaine qui est posée. « Que voulons-nous en tant qu’êtres humains ? Avons-nous une spécificité à faire valoir ? » (...)

la crainte des méfaits d’une « IA forte » est le fruit d’une externalisation de nos terreurs. Nous craignons un ennemi extérieur, alors que, comme Paul Valéry nous en avait prévenus, le véritable ennemi est en nous.

(...)

Le plus grand ennemi de l’intelligence humaine, et donc, finalement, de l’humanité, est tapi en l’être humain. Il porte un nom : la bêtise. Ou, pour le dire encore plus clairement, sauf le respect que l’on doit au lectorat : la connerie...