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Hommage à un hêtre solitaire et centenaire, abattu sans remords
Christian Amblard est naturaliste et directeur de recherche au CNRS.
Article mis en ligne le 11 septembre 2020
dernière modification le 10 septembre 2020

« L’émotion patrimoniale ne doit pas se limiter aux monuments », dit l’auteur de cette tribune. Il y détaille sa tristesse causée par l’abattage d’un hêtre centenaire dans sa région, en Auvergne. L’arbre accueillait, parfois, le merle à plastron en migration et abritait la sieste réparatrice du faucheur éreinté par le dur labeur de la fenaison.

C’était un phare au milieu d’un océan de verdure. Le hêtre solitaire trônait au milieu des prairies d’altitude, près de Chananeille, aux confins du Sancy et du Cézallier, en Auvergne. Il était bien seul depuis que l’agriculteur moderne avait abattu toutes les haies du voisinage, qui formaient, pourtant, un maillage efficace et bienfaisant. Cette trame bocagère avait été construite lentement par des générations de paysans intelligents et responsables, qui avaient su planter et conserver, autour des frênes de haute futaie, d’autres essences arborescentes et arbustives.

Après une lente montée le long de la route sinueuse qui serpentait laborieusement depuis le fond de la vallée, l’apparition soudaine du hêtre majestueux sur son plateau, le fayard [1] qui pointait fièrement sa flèche vers le ciel, me ravissait en toutes saisons. (...)

C’est par un matin clair d’une belle journée d’octobre que je fis la macabre découverte. L’arbre centenaire gisait au sol. L’homme à la tronçonneuse fumante et pétaradante venait de l’abattre, sans scrupules ni remords. Pour quelle raison ? Pour quel bénéfice ? Strictement aucun – l’illustration parfaite du geste aussi inutile que stupide. (...)

C’est ce temps long et irréversible qui fait la valeur indépassable du vivant et de la biodiversité. Cette primauté d’un vivant très fragile doit nous obliger définitivement quant à la nécessité de son impérieuse préservation.