Plutôt que de miser sur une baisse des consommations pour se passer du gaz et du pétrole russes, les pays européens leur cherchent des substituts et se tournent vers d’autres pays exportateurs.
Aussi incroyable que cela paraisse, les pays de l’Union européenne (UE) importent plus de gaz russe en ces premiers jours d’avril qu’au début de l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine1. Les dirigeant·es de l’UE ne cessent de dénoncer les crimes de guerre et d’insister sur les sanctions prises envers la Russie et les oligarques, mais agissent comme si la sécurité des approvisionnements énergétiques et les enjeux économiques européens primaient toujours, quoi qu’il en coûte. Comme si 1 point de PIB européen valait plus que des milliers de civils morts en Ukraine.
Notre dépendance aux hydrocarbures russes finance pourtant les crimes de guerre de Poutine : depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les pays européens ont versé plus de 19 milliards d’euros à la Russie pour se fournir en gaz, en pétrole et en charbon2. Loin d’être nouvelle, cette dépendance a été renforcée par la politique européenne de ces dernières années : nos importations de gaz russe ont continué d’augmenter de 4 % par an depuis 2015 et la COP 21, tandis que TotalEnergies, avec l’appui de l’Élysée et de Bercy, n’a cessé de renforcer sa présence en Russie.
Depuis le début de l’agression russe, les discours ont certes changé : on ne compte plus les personnalités politiques françaises et européennes réclamant à cor et à cri de réduire notre dépendance, alors qu’elles n’avaient jusqu’alors jamais rien entrepris en ce sens. Il y a même quelque chose d’indécent à les entendre nous demander de baisser nos thermostats d’un degré alors que 12 millions de personnes vivent en situation de précarité énergétique en France. Et alors que le secteur résidentiel ne représente que 38 % de la consommation nationale, contre 40 % pour les grands sites industriels, de bureaux et de commerce. (...)
La guerre n’est pas prétexte à plus d’écologie. Au contraire, nous assistons aux prémices d’une fuite en avant qui vise à maintenir, quoi qu’il en coûte, notre insoutenable ébriété qui, en plus de dérégler le climat, place notre avenir collectif dans les mains de criminels de guerre. Pour basculer dans la sobriété, il nous faudra faire bien plus qu’espérer que la guerre en Ukraine nous y contraigne