
L’usine coopérative, née dans les Côtes-d’Armor pendant la crise sanitaire a été placée mercredi en liquidation. Au sein de l’entreprise, on déplore le manque de soutien de la part du principal investisseur, la mutuelle Vyv, et des commandes publiques incohérentes.
C’est la triste fin d’une entreprise née en pleine crise sanitaire, issue de cette ambition de bâtir « le monde d’après », sur un modèle moins libéral et plus solidaire. « Il nous faut produire davantage en France sur notre sol pour réduire notre dépendance », soulignait lui-même le président Emmanuel Macron en visitant, fin mars 2020, l’une des seules usines de masques françaises.
Mercredi 12 octobre, le tribunal de commerce de Saint-Brieuc a prononcé la liquidation de la Coop des masques, une usine de masques sanitaires installée près de Guingamp. « Notre volume de commandes était largement insuffisant, on n’arrivait plus à honorer nos engagements, notamment niveau loyers, et on n’avait pas de perspectives », informe Christophe Winckler, le président de la coopérative, qui déplore « un énorme gâchis » et la perte de leur emploi pour les treize salariés.
Portée sur les fonts baptismaux en juillet 2020, la Coop était née d’une conjonction de bonnes volontés. En pleine pénurie de masques, des syndicalistes des Côtes-d’Armor rappellent le « scandale » de la fermeture d’une usine spécialisée dans le département, en 2018, suite à une délocalisation. Un mouvement se met en place pour relancer une unité de production, sous le statut de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), associant collectivités, usagers, salariés, partenaires et citoyens. 2 000 particuliers s’y associent et de nombreuses collectivités s’engagent, ainsi que des usagers, principalement du secteur de la santé, soucieux de sécuriser leur approvisionnement.
« Deux fois moins cher en Chine » (...)
En mars 2022, l’usine est placée en redressement judiciaire et, six mois plus tard, elle n’a pu échapper à la liquidation.
En cause : le faible volume de commandes. La SCIC n’a jamais décroché de gros marchés. Son président pointe du doigt l’actionnaire principal, le groupe mutualiste Vyv, qui a investi 300 000 euros mais n’a passé « que 20 000 euros de commandes ». Contacté, Vyv fait valoir qu’il a fallu attendre le deuxième semestre 2021 pour que les masques soient certifiés conformes et met en avant « des tarifs pas compétitifs » sur les masques chirurgicaux, de « longs délais de livraison » et des « défauts de qualité ».
Côté marchés publics, « on s’est positionnés sur plusieurs appels d’offres d’administrations, mais le critère le plus important, c’est toujours le prix. Il aurait fallu un critère de relocalisation, pour coller à la volonté affichée à l’époque », critique David Cocault, syndicaliste Solidaires et élu du collège citoyen au conseil d’administration. Récemment encore, la préfecture de police de Paris a préféré « acheter deux fois moins cher en Chine », fustige Winckler.
L’Etat avait pourtant soutenu l’entreprise, en versant 1,2 million d’euros pour financer en partie l’achat d’une ligne de fabrication de meltblown, le tissu filtrant des masques. Mais il fallait encore plusieurs centaines de milliers d’euros pour financer le processus d’installation. Faute de fonds suffisants, celle-ci n’a jamais été mise en route. (...)