En grève depuis le 17 juillet à l’hôtel Clichy-Batignolles, à Paris, elles réclament une réduction de leur cadence de travail et le paiement d’un panier repas.
Depuis le 17 juillet, un vacarme incessant résonne à 200 mètres à la ronde autour de l’hôtel Ibis Clichy-Batignolles dans le XVIIe arrondissement de Paris. Comme si l’on passait la tête dans une machine à laver. Ça débute au petit-déjeuner, dès 9 heures le matin, et se termine au goûter, à 16 heures. Devant l’entrée de l’hôtel, une dizaine de femmes de chambre sont en grève. Et pour se faire entendre, elles ont décidé de manifester en tapant sur des casseroles et des tambours en cadence.
« Pendant la canicule, on ne nous a même pas donné une bouteille d’eau »
Elles sont employées par STN, un sous-traitant du groupe Accor, qui détient la chaîne d’hôtels Ibis. « Le cœur du métier, dans l’hôtellerie, c’est quand même les chambres, non ? Eh bien, même ça, ils le sous-traitent », regrette Foued Slimani, délégué du syndicat CGT-HPE qui les accompagne. Leurs revendications tiennent en une liste de seize points, inscrits sur une feuille de papier rose qu’elles distribuent aux clients de l’établissement. (...)
. « Le salaire ne suffit pas, on fait plus d’heures mais les heures supplémentaires ne sont pas toujours payées » (...)
« On est fatiguées, on n’a pas de pause. On a mal au dos, aux bras, aux mains, les produits nous brûlent la gorge. Pendant la canicule, on ne nous a même pas donné une bouteille d’eau » (...)
« Je ne pensais pas que je retrouverai de la souffrance ici, mais ils nous prennent pour des esclaves », reprend la salariée, payée au SMIC. « Ce sont des femmes, souvent d’Afrique de l’Ouest ou du Maghreb, qui sont parfois dans des situations compliquées et qui pour certaines ne savent pas lire. Elles sont prises à la gorge », explique Foued Slimani. Contactés par Libération, ni la direction de l’hôtel, ni celle de l’employeur STN et du groupe Accor n’ont répondu.
« Dans la vie, quand tu luttes, il faut que tu tiennes jusqu’au bout » (...)
Après presque un mois de mobilisation, elles n’envisagent pas d’abandonner, soutenues par la caisse de grève tenue par le syndicat CGT-HPE. « Jusqu’en 2021, comme elles disent entre elles », s’amuse le délégué syndical. En réalité, leur combat pourrait aboutir bien avant. Plusieurs voisins se sont déjà plaints du bruit et ont envoyé des courriers à la direction de l’hôtel pour faire pression. « En face, il y a une agence pôle emploi. Le directeur est venu nous voir pour nous dire qu’ils n’arrivaient plus à travailler », explique Rachel. Dans les immeubles des alentours, d’autres ont appelé la police. Elle s’est déplacée mais n’a fait que constater.
Un autre motif d’espoir pour les femmes de chambres : la CGT-HPE, qui les accompagne dans cette lutte, n’a jamais perdu une grève. (...)
L’organisation ne lance pas de mobilisation si la moitié des salariés, au moins, n’est pas syndiquée. Adhérente récente, Olga conserve fièrement sa carte de la CGT dans son portefeuille près de son titre de séjour. Il faut savoir être patient. L’an dernier, il avait fallu 87 jours de grève aux femmes de chambres du palace parisien Park Hyatt pour obtenir gain de cause. « Ça ne nous fait pas peur », sourit Rachel.