
Autrefois, il y avait le premier monde, le « Nord », censé constituer un bloc de prospérité ; le deuxième monde, celui des pays soviétiques ; et enfin le tiers-monde, regroupant les pays pauvres du « Sud » et soumis dès les années 1980 aux diktats du Fonds monétaire international (FMI). Le deuxième a volé en éclats au début des années 1990 avec la dissolution de l’URSS. Avec la crise financière de 2008, le premier monde a basculé ; si bien que désormais plus aucune division géographique ne semble pertinente. On ne distingue plus que deux catégories de population : la poignée de ceux qui profitent du capitalisme contemporain et la grande majorité, qui le subit. Notamment à travers le mécanisme de la dette.
(...) Au cours des trente dernières années, les maillons faibles de l’économie mondiale se situaient en Amérique latine, en Asie ou dans les pays dits « en transition » de l’ex-bloc soviétique. Depuis 2008, l’Union européenne, à son tour, suscite le doute. Alors que la dette extérieure totale des pays d’Amérique latine atteignait en moyenne 23 % du produit intérieur brut (PIB) fin 2009, elle s’établissait à 155 % en Allemagne, 187 % en Espagne, 191 % en Grèce, 205 % en France, 245 % au Portugal et 1 137 % en Irlande. Du jamais-vu.
Contrairement aux Etats-Unis, qui peuvent s’abreuver en liquidités auprès de la Réserve fédérale, notamment par le biais de la création monétaire, les pays membres de la zone euro se sont privés d’un tel outil (...)
L’une des conséquences inattendues de la crise a donc été de permettre à des banquiers d’Europe occidentale, français et allemands notamment, d’utiliser les fonds prêtés par la Réserve fédérale et la BCE pour augmenter, entre 2007 et 2009, leur exposition dans plusieurs pays (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne) et y réaliser de juteux profits.
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Un tel échafaudage mérite-t-il vraiment qu’on s’obstine à le pérenniser ? Après tout, si les banques exigent une rémunération prenant en compte un « risque de défaut », ne serait-il pas cohérent d’envisager la suspension des paiements, voire la dénonciation des dettes jugées illégitimes ? (...)
Un analyste aussi peu suspect de sensiblerie tiers-mondiste que M. Henry Kissinger, ex-secrétaire d’Etat américain, affirmait en 1989 au sujet des plans d’ajustement structurel imposés aux pays latino-américains : « Aucun gouvernement démocratique ne peut supporter l’austérité prolongée et les compressions budgétaires des services sociaux exigées par les institutions internationales (2). » Et ce d’autant moins que, les anciens prêts étant en partie couverts par de nouveaux emprunts, la dette ne cesse de croître malgré les remboursements
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La liste s’avère donc longue des arguments susceptibles de justifier une suspension des paiements et de légitimer la dénonciation pure et simple de dettes jugées illégitimes
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