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Facs d’éco : un économisme sans pluralisme
Christian Chavagneux
Article mis en ligne le 8 avril 2016
dernière modification le 4 avril 2016

Il n’y a pas qu’en France que les étudiants en économie se plaignent du contenu de leurs études. AlterEcoPlus révèle les résultats d’une étude internationale, non encore publiée, réalisée dans 13 pays. Elle montre que les universités forment d’abord des techniciens déconnectés des problèmes du monde et fermés sur leur discipline.

Une mobilisation internationale

Il y a trois ans, le collectif d’étudiants PEPS économie avait démontré combien l’enseignement universitaire français était confiné dans le moule étroit d’un économisme technicien. Grâce au travail d’analyse d’une cinquantaine d’étudiants mobilisés dans le cadre de l’association International Student Initiative for Pluralism in Economics (ISIPE), l’étude a été élargie à 13 pays1.

La méthode est simple : lister les matières enseignées à l’université permettant d’obtenir une licence d’économie et les fameux « crédits ECTS » affectés à chacune d’elle – pour obtenir sa licence il en faut 180 – afin de mesurer son poids dans la formation. (...)

Les résultats obtenus dans les 13 pays confirment malheureusement ceux obtenus pour la France. Dans une licence d’économie, en gros 20 % des cours sont consacrés aux outils mathématiques et statistiques, 20 % à des enseignements de microéconomie et macroéconomie formalisées et un peu de moins de 20 % aux techniques de gestion.

40 % des cours sont formalisés

Pour le reste, comme chacun le sait en apprenant la doxa dominante, la monnaie et la finance ne jouent absolument aucun rôle dans l’économie, ce qui explique que seuls 3 % des cours soient consacrés à ces sujets. Il en est de même pour l’international : honnêtement, pourquoi s’embêter à comprendre le monde économique réel de la mondialisation quand un bon petit modèle plein d’équations suffit ? 3 % des cours pour l’international. (...)

Enfin, mieux vaut éviter les faits faisant souvent la démonstration des inepties de la théorie dominante : autour de 10 % des enseignements concernent soit l’histoire économique, soit le traitement des grands problèmes contemporains (inégalités, travail…). Ajoutons pour terminer, une discipline qui ne se pose pas de question sur elle-même : très peu de cours d’histoire de la pensée ou de réflexion sur les méthodes, peu d’ouverture aux autres sciences sociales. (...)

Reste une bonne nouvelle : les étudiants se mobilisent de plus en plus, partout dans le monde, pour établir le constat de ce manque de pluralisme et pour s’en plaindre. Soit l’enseignement de l’économie finira par s’ouvrir, soit les étudiants fuiront vers d’autres cieux contribuant à l’enfermement accéléré d’une discipline qui n’en finira plus de se discréditer.