(...) La peur plus contagieuse que le Covid
En plein confinement dû à la pandémie, l’affaire avait fait la une des journaux : « Coronavirus : Une infirmière mise à la porte par ses propriétaires », titrait Le Parisien ; BFMTV : « Une infirmière et sa famille chassées de leur logement par crainte du coronavirus » ; Capital : « Pour pousser une infirmière à partir, son propriétaire lui coupe l’eau et l’électricité ».
Une enquête préliminaire avait donc été ouverte. Joint par téléphone, le ministre du Logement Julien Denormandie avait déclaré : « Ce qu’ont fait ces gens est abject. Cela montre ce que la crise révèle le plus sombre chez certains. » Le Monde publiait au même moment un article intitulé « Avec le coronavirus, le retour des corbeaux ».
Le couple de propriétaires avait alors été placé en garde à vue.
« Je n’étais pas hébergée gratuitement. Et puis c’était pas n’importe quelle personne, c’était ma famille... »
Mélina
Le bâtonnier de Montpellier, Me Rémi Lévy, ému du sort de Mélina, avait proposé de la défendre gratuitement. Le procureur de la République, Fabrice Belargent, avait écrit dans un communiqué : « Les deux personnes [...] se sont vu notifier une convocation par procès-verbal à l’audience du tribunal correctionnel de Montpellier du 29 juin 2020. » Le CHU de Montpellier et l’ordre des infirmiers de l’Hérault s’étaient constitués parties civiles. Quelque part en Normandie, une chanson était écrite pour Mélina.
Pendant que certains applaudissaient le personnel soignant la nuit, d’autres leur faisaient vivre un enfer le jour. La peur, découvrait-on, était plus contagieuse que le Covid, et Evelyne et Jean avaient été contaminés.
Dans la salle d’audience numéro 6, les journalistes épongent leur front : le dossier d’Evelyne et Jean sera le premier à être jugé. (...)