La plus grande ville de l’Oregon, dans le nord-ouest des États-Unis, est depuis près de deux mois le théâtre de manifestations contre le racisme institutionnalisé et les violences policières. (...)
Il y a déjà trente ans, la ville de l’Oregon avait gagné le surnom de Petite Beyrouth, en référence à la guerre du Liban, tant les manifestations tournaient systématiquement à l’émeute, surtout lors des visites du président républicain de l’époque, George W. Bush.
« Son histoire est liée au militantisme politique de gauche, particulièrement l’extrême gauche anti-autoritaire qui est présente dans la culture de manifestations à Portland depuis environ trente ans », résume Joe Lowndes, professeur de sciences politiques à l’université d’Oregon.
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« Plus récemment, il y a eu beaucoup d’actions antifascistes dans les rues de Portland » contre des groupes d’extrême droite et les milices prônant la supériorité de la race blanche, précise Lowndes. Et d’expliquer qu’après la désignation de Donald Trump comme candidat à la présidentielle de 2016, ces groupes d’extrême droite organisaient régulièrement des défilés et des « attaques violentes » contre des habitants de Portland. Les scènes d’échauffourées mettant aux prises des suprémacistes blancs au crâne rasé, avec drapeaux américains et saluts nazis, avec des anarchistes vêtus de noirs et antifas cagoulés sont devenues monnaie courante.
« On peut dire que c’est un peu un champ de bataille pour les extrémismes », résume Joe Lowndes.
L’ombre du KKK
« Si on veut parler du militantisme à Portland, on doit aussi parler de son histoire d’exclusion et de racisme », analyse Steven Beda, spécialiste de l’histoire du nord-ouest des États-Unis.
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« Le Ku Klux Klan avait une implantation énorme dans l’Oregon dans les années 1920 et il y avait une relation très très étroite entre le système politique et le KKK », souligne-t-il. Jusqu’en 1926, des lois locales interdisaient purement et simplement la venue de personnes noires sur le territoire de l’État, sous peine d’être fouetté tous les six mois.
À ce radicalisme violent s’ajoutaient les violences policières.
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Aujourd’hui, si beaucoup scandent toujours « Black Lives Matter » (« La vie des Noirs compte »), ils crient aussi « Feds go home » (Agents fédéraux, rentrez chez vous), à l’adresse des paramilitaires déployés par l’administration Trump.
« Je n’aurais jamais pensé que je me verrais obligé d’être dans les rues de ma ville pour faire ça », dit Steve. « J’ai l’impression qu’on est à ça de l’occupation militaire à part entière d’une ville libre ».
(Portland jour 3) il est 9:20, le retrait des feds vient d’être annoncé et le bâtiment fédéral ressemble à ça ce matin pic.twitter.com/EMwxoNiatH
— Gwenola Ricordeau (@G_Ricordeau) July 29, 2020