La volonté du président américain de mobiliser l’armée contre les manifestants a reçu le veto de son propre secrétaire à la Défense, tandis que Barack Obama a livré une charge inédite contre le locataire de la Maison-Blanche.l
« C ’est ce que font les autocrates. C’est ce qui arrive dans des pays, juste avant l’effondrement. » L’analyse d’un ancien expert de la CIA, interrogé par le Washington Post, dans son édition de mercredi, ne portait pas sur une « république bananière » ou un régime despotique, mais sur l’état de son propre pays : les États-Unis. Effondrement ? Le mot est sans doute trop fort. Mais le pouvoir de Donald Trump est clairement chancelant. En 24 heures, il a été défié par son secrétaire à la Défense et été identifié comme une menace pour le pays par son prédécesseur. Situation sans précédent. La tension s’est nouée autour de la menace brandie par Trump de la possibilité d’invoquer une loi de 1807 afin d’envoyer l’armée « dominer » les manifestations.
« Les conséquences de trois années sans adultes aux commandes »
Mark Esper, actuel secrétaire à la Défense, donc numéro 3 de l’administration Trump, a mis son veto : « Je ne suis pas favorable à décréter l’état d’insurrection. » Quelques heures plus tard, c’est son prédécesseur à ce poste, Jim Mattis, qui a tiré une salve. (...)
Les sondages publiés par CBS et Morning Consult – un tiers des personnes interrogées sont d’accord avec la gestion de la crise déclenchée par le meurtre de George Floyd – semblent indiquer une érosion notable de son socle électoral, déjà minoritaire en 2016. Il faudra observer dans les jours qui viennent si la panique gagne l’establishment républicain, totalement aligné sur Trump depuis trois ans
La sortie surréaliste de Donald Trump pour une opération de communication photographiée, Bible en main, face à une église à Washington sonne comme une tentative désespérée de souder l’électorat évangélique blanc.
Un nixonien qui s’enfonce dans les sables mouvants de l’irréalité (...)
La rhétorique sécuritaire de Donald Trump s’appuie sur les débordements et émeutes en marge des manifestations. Or, les rassemblements, bien que défiant les couvre-feux dans nombre de villes, sont désormais totalement pacifiques. Sans « désordres », les appels à « l’ordre » s’enfoncent dans les sables mouvants de l’irréalité. Barack Obama a saisi ce tournant. Le premier président noir de l’histoire du pays est intervenu pour la troisième fois en quelques semaines, appelant le pays « à saisir ce moment » pour imposer des changements. Il faudra compter sur lui jusqu’en novembre, en soutien à un Joe Biden, seule alternative électorale, malgré ses multiples gaffes et déclarations souvent peu inspirées, pour ceux qui veulent faire de Trump le président d’un seul mandat. (...)